11 sept. 2008

A deux pas

Moins qu’une ombre dans les couloirs de sa mémoire. Tout au plus une brume vaporeuse et floue qui se dissout par beau temps. Le coton de sa voix, de ses cris enfouis le réveille certaines nuits, au carrefour agité de ses remords piétinés et de ses regrets passagers.

Il tremble et se relève, ouvre la fenêtre, respire au clair de lune, pour chasser cette odeur d’intimité, ce parfum envahissant qui lui revient soudain et lui brûle les entrailles. Les toits qui se détachent au-dessus de la ville le ramènent dans les combles de son plus vil combat.

Il refait le parcours de ces nuits vénéneuses où leur âme et leur cœur jouaient à se défier, où la soie et le crin se frottaient l’un à l’autre. Cette frénésie bestiale qui le mettait à nu, découvrait son ardeur et un vide absolu. L’insupportable pensée de pouvoir se livrer, d’avancer sans armure. Il fallait reculer, tuer le possible dans l’œuf, poignarder son désir et le rendre assassin.

Reprendre le contrôle, détachement ultime, remballer ses sourires, coiffer son chapeau-claque, effacer toutes les traces, se coucher et dormir. Laisser ce corps alourdi se dissoudre à deux pas de ses rêves, enterrer dès l’aube claire le cadavre de cet amour mort-né.

10 commentaires:

stephane a dit…

Je ne sais pas bien faire les comm et certains le font bien que moi, mais j'aime bcp ce texte. Un texte doté d'une certaine émotion.

denis_m a dit…

Comme d'hab :-) j'écoute la musicalité qui sort de tes textes, on lit ça d'un trait ! C'est fort, c'est fluide comme jamais !

Kris a dit…

reddition dans les mots. Un lâcher prise tout en souvenirs enfouis. Oublier est un travail long et fastidieux.

Bridget a dit…

@Stéphane :
Un merci sincère pour ton appréciation de ce texte... j'attends pour ma part avec impatience de me plonger dans ton prochain roman !

@denis_m :
Ravie que celui-là te chantonne à l'oreille alors ! Merci de ton comm et de ta fidélité Denis :-)

@Kris :
Douloureux aussi parfois. J'aime beaucoup cette idée "reddition dans les mots"... Merci de ton passage !

Caillou a dit…

Pris à la gorge et collé à l'écran.

Bridget a dit…

@Caillou :
Sais plus quoi dire là... euh, n'oublie pas de respirer quand même, je m'en voudrais trop ;-)

jean a dit…

tes textes sont toujours aussi beaux!!!

Bridget a dit…

@Jean :
Ca me touche, merci Jean... écrirai peut-être un petit quelque chose inspiré de la dernière photo commentée chez toi, l'ambiance y est si mystérieuse... :-)

jean a dit…

ce serait un grand plaisir et un grand honneur!

Bridget a dit…

@Jean :
Bon c'est fait ;-)... suis pas sûre que cela m'ait emmenée à l'endroit prévu initialement, comme d'habitude !