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Désaxée

Si jamais tu voulais danser dans mon sillage Te pendre à mon parfum, comprendre mes mots idiots Kidnapper mes lendemains, voler mes espérances Je t’en prie enfuie-toi, laisse-moi avec mes nuages Mes colères, mes regrets, mes doutes à fleur de peau Mes chaînes et mes secrets, les monstres de mon enfance Je n’ai rien à t’offrir que des frissons amers Des blessures et des plaies, des cicatrices vulgaires Des images qui font peur, des zéros de conduite Je planterais mes griffes comme un chat paniqué Dans ta peau, dans ta chair et dans ton cœur ouvert Lacèrerais ton dos nu et t’aimerais trop vite Avec la folle certitude de te voir t’échapper Impuissant, effrayé par cette rage à l’envers Si jamais je t’approche et te suis comme une ombre Change tout de suite de trottoir, prends les jambes à ton cou Ignore mes appels et fonds-toi dans la foule Je te laisserai me perdre pour ne pas te rendre fou Et rentrerai chez moi noyer ma solitude Dans un verre de vodk...

A bien y regarder

J’ai cru que je pourrais mettre une claque à mes peurs Les enterrer vivantes, jouer au nettoyeur Je les ai observées, les ai eu par surprise Certaine de ma toute puissance, sûre de mon emprise Je les ai caressées pour les amadouer Leur ai mis un collier pour les apprivoiser Une muselière et une laisse pour bien les contrôler Me suis vue invincible, forteresse édifiée Sur des sables mouvants, des marécages fumants Embourbée dans la vase des longs couloirs du temps Mes peurs ont bien compris que je n’en menais pas large Elles ont ri dans leurs dents, se sont mises à la page Petites bêtes insoumises révoltées de leur sort Retenues contre leur gré, emprisonnées à tort Comprenant mon manège, elles ont joué le jeu Guettant la moindre faille, un faux-pas, un aveu Les pensant sages et dociles, je ne me suis pas méfiée Leur rendant un peu plus chaque jour de leurs libertés Jusqu’au jour où flottant dans un semi-coma Elles se sont échappées et ont repris le...

Comme une plume au vent...

Je flotte... Légère, insouciante, portée par les courants. Des courants d'air, des courants chauds, des courants ivres... Je pourrais m'en faire, je n'en trouve pas la force, je ne me trouve pas d'excuses. Alors je me laisse guider, remettant à plus tard le sérieux et les rides, les marques du devoir, la course aux illusions. Je descends et remonte, au gré des vents changeants, plane ou tourbillonne, survole des terres arides ou des prés verdoyants. Les heures ne comptent plus, je les laisse défiler, je m'entraîne à ma vie avant de me déposer. Je goûte à ce voyage sinueux, déroutant. Je pars à ma rencontre, dictionnaire sous le bras, pour mieux me déchiffrer, me traduire et déleste en chemin quelques malles inutiles, encombrantes et futiles. Demain viendra sans doute m'attraper en plein vol, me remettre dans sa cage. J'ai gardé dans la poche le double de la clé et en profiterai lorsque le temps viendra, joyeux ou tourmenté, pour...

Ce soir, il me reste...

Cinq ans dans un carton Des petits bouts de rien Des miettes de pas grand chose Quelques instantanés De vos jolis sourires Des traces de bonne humeur Des bribes de vos délires Trois quatre notes de musique Pour danser sur les tables Des confettis mouillés Des bulles multicolores Des papiers griffonnés Des heures effervescentes Vos regards pleins d’étoiles Et vos cœurs qui débordent.

Je de miroir

Penser se reconnaître et trouver quelqu’un d’autre Se surprendre à sourire au reflet inconnu Déjà apprivoisés, le cœur, les mains tendues Une partie de cache-cache pour pimenter l’histoire Puis effet volte-face, pirouette dérisoire Inspecter les recoins de cette surface lisse Embuer le décor, y dessiner un kiss Tatouage éphémère, empreinte fugitive Ne reste que le fantôme d’un baiser monochrome Ses chaînes sont bien lourdes dans cette errance amère Couvrant le bruit des autres et leurs foutues galères La terre peut bien trembler, la souffrance est égoïste Mur de béton armé, bunker anti-missiles Humanité de paille, qui s’écroule dans un souffle Palpitant en sommeil, anesthésié en boucle.

Antalgique

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Crédit photo : Jean Boccacino Images Aucun itinéraire, laisser la feuille de route Arpenter le bitume en repoussant les doutes Accueillir les hasards de ces rues qui se donnent Avec leurs mille visages et leurs voix qui résonnent Accepter l’insouciance pour quelques heures encore Avant de regagner l’habituel décor Admettre de se perdre dans quelque impasse sombre Aux pavés ternis par le passage des ombres Aimer chaque seconde de cette escapade Aventure solitaire pour esprit en balade Admirer les jardins dans la lumière d’hiver Assise sur une valise les pieds dans la poussière Allumer le regard de cette statue de bronze Aux courbes déchirantes pleines d’espoirs et de songes Accrocher un sourire aux branches nues des arbres Avant de redescendre sur cet astre d’ivoire.

Plage déserte

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Deux corps en déroute Qui s’accrochent l’un à l’autre Bouée inespérée Dans les flots en tumulte L’un s’agrippe, l’autre s’éloigne Emporté par les vagues Le ressac les sépare La terre loin devant Soulevés par le courant Leurs forces abandonnées Ils se laissent entraîner Et échouent sur un banc De sable d’amertume Où écume et lichens Enterrent leurs cœurs blessés Sur cette plage déserte Les deux corps se relèvent Fantômes de l’aube pâle Spectres déambulant Sans boussole et voués A errer dans ces dunes Comme des chiens sans collier.