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Lignes de fuite

J'ai ce carnet souple où s'étirent de petits bouts de moi, un rendez-vous secret qui rythme mes errances et ponctue de son ivresse les instants endormis. Je les repêche au fil des lignes, où voyelles et consonnes s'enchaînent pour se séduire, se prennent par la taille, se suivent les yeux fermés. Leur pas les rend légers, ils valsent en cadence, comme ces moments précieux tourbillonnent et s'envolent. Je souris à les lire, les paupières mi-closes, m'imaginant demain dans d'autres vers désuets, d'autres alexandrins qui me feront danser. Je respire le parfum de ces possibles frissons et trace sur le vélin de nouveaux horizons.

Fissure

S'il fallait revenir à ce jour où tu m'as demandé de me jeter à l'eau, je crierais haut et fort que le diable t'emporte. Il n'est de moment semblable à celui qu'on devine, la peur au ventre, celui que l'on sait tout changer. Tu rirais aujourd'hui de me voir enchaînée. Je suis restée à cet endroit de nous, au bord du précipice, sans espoir de retour. Tu attendais l'aveu comme une délivrance, un cordon que l'on coupe, une bouée salvatrice. Je te l'ai donné. J'attends que le dernier souffle me ramène là où je nous ai perdus, il y a si longtemps déjà. Je ne changerais rien. Je hurlerais juste mon desespoir de connaître la suite.

Puzzle

Curieux mélange Qui absorbe, qui dérange L’envie irrépressible de briser le miroir Faire voler ce reflet dans la froideur du soir Recueillir les éclats des moments explosés Numéroter les bribes une à une retrouvées Par orgueil ou envie Retenir le sacré Par dépit ou colère Immoler les amers Glisser en pente douce Vers la folie extrême Regorger de désirs Aller où ils emmènent Ignorer les pudeurs Abattre les préjugés Retrouver les essences Les parfums oubliés Les cœur-à corps velours Les ballets déhanchés Egrener les heures blanches Parsemées de murmures Les matins silencieux Où fondent les armures.

6 mois plus tard…

Je déchiffre d’un regard Le code des lignes d’hier Et patauge dans la mare De leurs foutus mystères Je plonge pour me noyer En apnée dans les mots Dans mes histoires fiévreuses Parsemées de gros maux Je jette l’encre et le reste Par-dessus la rambarde Des souvenirs funestes Et de ceux qui me gardent J’aligne des silences Des rondes et puis des croches Puis j’avance en cadence D’un pied bancal et gauche Je me prends à mes je Souffrant de leur faiblesse Et si ce n’est qu’un jeu J’en serai la pièce maîtresse.

La source

Etrange silence, celui de l’après, celui de l’ennui. Fini le tumulte des eaux vives, asséché le torrent d’émotions. Vide infini, abysse sombre et glacée où s’enfoncent les frissons, les souffles et les murmures, où se noient les cyclones, où coulent les déraisons. Désert climatisé, décor de carton-pâte, laissé à la portée de curieux qui s’attardent. Des signes qui s’empilent, vestiges d’un temps passé qui raconte son histoire, des bribes d’humanité. Un patchwork cousu main de rêves et de douleurs, jeté sur le lit froid d’un amour assassin. Une présence étrangère, un double familier, fantômes hantant les lieux de leurs plaintes lancinantes, sillonnant ce lieu clos en boucles délirantes. La source s’est tarie, la roche s’est asséchée, découvrant la rudesse d’un terrain menacé, par les heures qui avancent, par la fuite des saisons.

500 euros et 500 secondes par la fille d’ici

La femme de Georges , une blog-copine, m’a refilé une patate chaude. Donc on disait, moins de 10 minutes à vivre et 500 euros ? D’abord je décroche les pendules et enlève les piles pour arrêter le temps… Laissons planer le doute et l’incertitude sur le moment exact, dernier sursaut d’espoir… Puis j’enregistre un message post-mortem sur mon répondeur pour que personne ne soit surpris de mon silence, ça ne me ressemble pas… Ensuite ça dépend de la saison… quitter ce monde en plein soleil ou blottie sous ma couette ? Le moment arrive, je ne me laisse pas faire comme ça. Je regarde la mort en face et essaie de négocier l'heure du départ : j’ai de bons arguments ! Les 500 euros me direz-vous ? Ca fait partie de la négociation. La mort est cupide, c’est bien connu, elle n’en a jamais assez… elle doit être fatiguée aussi, à aspirer des vies en continu depuis la nuit des temps… Alors je lui propose un break, une petite escapade, tout frais payés, histoire de recharger les batteries pour el...

Mille feuilles

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Il se tient droit là devant moi, me fait de l’œil, m’appelle. Beau, fier et élégant, dans son costume de sucre glace lisse et bien coupé, à l’allure racée dont rien ne dépasse. Tentation suprême, désir incontrôlé et urgent à assouvir… je plonge ! A main nue et sans couverts, tremblante et craintive de la suite… L’approche est délicate et demande du doigté. La bouche ouverte appréhende le meilleur angle d’attaque. Les yeux se ferment au doux contact de cette matière devenue mouvante, vibrante et vivante au premier coup de dents. Plaisir et volupté, ma langue caresse tous ces flancs débordants et n’en laisse s’échapper aucune miette. Quelques bouchées plus tard, je contemple l’assiette vide et sourit à ce délice englouti, les yeux encore écarquillés de cet appétit retrouvé sur ce bout de carré sucré.