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Des mots doux

Ils flottaient dans l’air du soir, presque imperceptibles, ne s’attendant pas à ce qu’une oreille trop attentive les surprenne et les recueille. Murmurés, susurrés, ils cherchaient un écrin, un écho. Des mots d’amour insouciants, suaves et sensuels, comme la caresse d’une main gantée de velours sur une peau nue. Ils allaient et venaient, d’une bouche à l’autre, s’enrobaient de douceur pour mieux se blottir et se fondre dans les baisers de l’autre. Ils se cachaient parfois, attendant le moment propice pour mieux réapparaître, laissant les lèvres et les souffles les engloutir à nouveau. Rieurs et colorés, osés, acidulés, ils virevoltaient et s'emballaient, pris d’une soudaine frénésie insatiable, portés par le désir qui montait au fil de leurs histoires. Ils finirent par s’éloigner et s’évaporer, faisant place à un silence complice qui les gardait au chaud, à l’abri des indiscrétions.

Echappée belle

Allez viens… On se taille… Je t’emmène… on tourne en rond, on fait des bulles… il est temps ! Avant qu’on ne grandisse trop vite, qu’on ne devienne raisonnable… Ouvre les bras que je m’y élance, que mes chevilles enserrent ta taille, dévalons les heures qui s’étendent devant nous, laissons le fer rouillé et la pluie froide derrière… Allez, laisse tomber tes certitudes, celles qui t’enchainent et te laissent au bord de la route, celles qui t’aveuglent et t’obscurcissent le paysage… Voilà, souris, ça te va tellement bien… J’aime tes yeux quand ils me renvoient cette pleine et douce lueur, quand ils me consument sans rien me promettre… alors je ne manque de rien… Glissons vers ces demains à folle allure, de celle qui nous surprend, qui nous laisse essoufflés, le palpitant gonflé de ce trop plein de vie… Prenons les chemins de traverse, aux détours hasardeux, pour cueillir d’autres envies, inventer d’autres jeux… Allez viens, je t’attends…

Lignes de fuite

J'ai ce carnet souple où s'étirent de petits bouts de moi, un rendez-vous secret qui rythme mes errances et ponctue de son ivresse les instants endormis. Je les repêche au fil des lignes, où voyelles et consonnes s'enchaînent pour se séduire, se prennent par la taille, se suivent les yeux fermés. Leur pas les rend légers, ils valsent en cadence, comme ces moments précieux tourbillonnent et s'envolent. Je souris à les lire, les paupières mi-closes, m'imaginant demain dans d'autres vers désuets, d'autres alexandrins qui me feront danser. Je respire le parfum de ces possibles frissons et trace sur le vélin de nouveaux horizons.

Fissure

S'il fallait revenir à ce jour où tu m'as demandé de me jeter à l'eau, je crierais haut et fort que le diable t'emporte. Il n'est de moment semblable à celui qu'on devine, la peur au ventre, celui que l'on sait tout changer. Tu rirais aujourd'hui de me voir enchaînée. Je suis restée à cet endroit de nous, au bord du précipice, sans espoir de retour. Tu attendais l'aveu comme une délivrance, un cordon que l'on coupe, une bouée salvatrice. Je te l'ai donné. J'attends que le dernier souffle me ramène là où je nous ai perdus, il y a si longtemps déjà. Je ne changerais rien. Je hurlerais juste mon desespoir de connaître la suite.

Puzzle

Curieux mélange Qui absorbe, qui dérange L’envie irrépressible de briser le miroir Faire voler ce reflet dans la froideur du soir Recueillir les éclats des moments explosés Numéroter les bribes une à une retrouvées Par orgueil ou envie Retenir le sacré Par dépit ou colère Immoler les amers Glisser en pente douce Vers la folie extrême Regorger de désirs Aller où ils emmènent Ignorer les pudeurs Abattre les préjugés Retrouver les essences Les parfums oubliés Les cœur-à corps velours Les ballets déhanchés Egrener les heures blanches Parsemées de murmures Les matins silencieux Où fondent les armures.

6 mois plus tard…

Je déchiffre d’un regard Le code des lignes d’hier Et patauge dans la mare De leurs foutus mystères Je plonge pour me noyer En apnée dans les mots Dans mes histoires fiévreuses Parsemées de gros maux Je jette l’encre et le reste Par-dessus la rambarde Des souvenirs funestes Et de ceux qui me gardent J’aligne des silences Des rondes et puis des croches Puis j’avance en cadence D’un pied bancal et gauche Je me prends à mes je Souffrant de leur faiblesse Et si ce n’est qu’un jeu J’en serai la pièce maîtresse.

La source

Etrange silence, celui de l’après, celui de l’ennui. Fini le tumulte des eaux vives, asséché le torrent d’émotions. Vide infini, abysse sombre et glacée où s’enfoncent les frissons, les souffles et les murmures, où se noient les cyclones, où coulent les déraisons. Désert climatisé, décor de carton-pâte, laissé à la portée de curieux qui s’attardent. Des signes qui s’empilent, vestiges d’un temps passé qui raconte son histoire, des bribes d’humanité. Un patchwork cousu main de rêves et de douleurs, jeté sur le lit froid d’un amour assassin. Une présence étrangère, un double familier, fantômes hantant les lieux de leurs plaintes lancinantes, sillonnant ce lieu clos en boucles délirantes. La source s’est tarie, la roche s’est asséchée, découvrant la rudesse d’un terrain menacé, par les heures qui avancent, par la fuite des saisons.