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Juste un cri

Nous sommes là, pantelants, livides, malhabiles Bafouillant, ressassant nos discours inutiles Que peuvent bien faire les mots, creux, vides et insensés Contre ce cauchemar naissant pour cette mère endeuillée Que dire à ce père aimant qui bascule au vent Qui s’émiette de douleur, ce roc, ce géant Petite bulle naissante éclatée en plein vol Tu laisses derrière toi des rivières sur nos sols Je veux hurler leur peine dans un cri rauque puissant Et que tu l’entendes dans ton ailleurs béant Ce gouffre, cet abîme qui se referme sur toi Dans un tremblement de cœur, pour la dernière fois.

Attention, danger

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Sur l’asphalte. Une nuit d’été lourde et pluvieuse. Un tapis sombre et ruisselant qui se déroule, m’entraînant toujours un peu plus loin, un peu plus vite. J’évite les secousses, zigzague sous les gouttes. Il est tard, la lune est fatiguée. Elle s’est endormie sous son épais duvet nuageux, me laissant seule sous les éclairs. Je souris malgré moi en entendant cette chanson qui sort des enceintes saturées, le volume au maximum pour couvrir la colère du ciel et me rassurer. Seul lien avec la vie ailleurs. Les kilomètres s’enchaînent et me déroutent. Je ne me suis jamais sentie aussi libre et consciente qu’enfermée dans ces parois d’acier. Le ciel se fait plus noir, les cordes d’eau plus épaisses. Je navigue à l’aveugle et glisse sur ce miroir sans tain qui peut se briser au moindre coup de frein. La musique s’emballe. J’aime cette solitude nocturne, cette sensation dangereuse que ma vie dépend à ce moment même de cette ligne blanche à ne pas franchir, de ces pièges à éviter....

(Dé)Construction

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Une carapace, une armure de chair, un rempart contre les assauts. Le temps l’avait élevé, couche après couche, sans que personne ne s’y oppose. Une vision déformée de soi, un reflet que l’on ne regarde plus tant il fait peur, tant on devine ce qu’il peut devenir, encore. L’incompréhension devant cette forteresse en construction. Contre quoi, contre qui ? Contre soi bien sûr. Toutes ces peurs englouties, ces manques avalés, ces turbulences dévorées. « Ne vous attardez pas… passez votre regard… il n’y a rien qui puisse vous plaire ici. » Le cœur gélifié, le corps pris à son propre piège enveloppant. Le temps venu de l’effeuillage, se donner de nouveaux droits, se réapproprier son image, faire la paix avec son ombre. Désembourber ces lignes enfouies, épurer leur contour… et caresser un espoir, celui un jour de s’aimer un peu plus, enfin.

Le puits

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Un brouillard épais, opaque, dangereux. De celui qui s’infiltre sous la porte, sans avoir été invité, rampant tel un serpent silencieux le long du corridor, avant de vous surprendre au saut du lit. C’est vous qu’il a choisi, il guettait sa proie depuis un moment déjà. D’abord il vous enveloppe, faisant mine de vous réchauffer, de vous câliner. Mais très vite, il vous enserre, vous oppresse, vous étouffe. Vous cherchez à le repousser, vous criez, vous hurlez, vous vous débattez à en pleurer. Rien à faire, son emprise est totale. Peu à peu, il vous apprivoise, vous acceptez qu’il vous colle à la peau, espérant encore secrètement qu’il jette l’éponge, lassé de votre docilité. Certain de votre soumission, il vous laisse parfois prendre un peu de distances, vous rattrapant à la volée quand vous semblez hésiter. Et puis tout se détraque. Quand enfin il cherche à partir, parce qu’il s'ennuie et n’a plus aucune raison de vous retenir en otage, c’est à votre tour de le supplier. « Reste… en...

Suspendue

Un corps sans voile ni artifice. Que le grain de sa peau pour unique couverture. Un corps mis à nu, immobile, aux histoires chaotiques, aux cicatrices blanchies. Il repose devant moi, invitant ma main à se perdre dans le creux de ses détours, sur le plein de ses vies. Frissonnant au moindre battement de cil perdu, il me conte des soupirs passés et me livre ses désirs emmurés. Je le parcours sans réserve, sans retenue, découvrant peu à peu son histoire inachevée. Distillant ses angoisses, dissolvant ses silences, le cocon se fissure au fil de mon voyage. Un vent nouveau l’accompagne, celui de l’insouciance retrouvée, de l’instant accompli.

"Coques, coquilles et coquillages..."

De ces instants fugueurs posés ensemble, il me reste des minutes en apnée, hors du temps, où l’air ne manque jamais. Des fragments de lumière blanche, des bribes d’azur dans nos prunelles, des suites de points liés. Je garde la saveur de nos étreintes salées, de nos grains de peaux ensablées, de nos empreintes coulées dans cette immensité. Je fixe les pastels, dilue tous ces pigments sur des toiles de coton blanc regonflées sous le vent. Nous pêchons des parfums aux couleurs électriques, creusons à pleine mains nos jours qui se dérobent sous un soleil qui pique. Intraveineuse d’amour, molécule addictive, nous vivons sur ce fil de notes sélectives. J’apprends encore le nom de ces heures au zénith, bâtis à demi-mots nos châteaux de granit. Au galop sur nos souffles alignés, je scrute l’horizon, détache nos silhouettes sur cette ligne inventée. Elles prennent en consistance au fil des lunes et des marées, rejoignent ces bulles d’or et tournent en ombres chinoises sur le manège de nos souv...

Des mots doux

Ils flottaient dans l’air du soir, presque imperceptibles, ne s’attendant pas à ce qu’une oreille trop attentive les surprenne et les recueille. Murmurés, susurrés, ils cherchaient un écrin, un écho. Des mots d’amour insouciants, suaves et sensuels, comme la caresse d’une main gantée de velours sur une peau nue. Ils allaient et venaient, d’une bouche à l’autre, s’enrobaient de douceur pour mieux se blottir et se fondre dans les baisers de l’autre. Ils se cachaient parfois, attendant le moment propice pour mieux réapparaître, laissant les lèvres et les souffles les engloutir à nouveau. Rieurs et colorés, osés, acidulés, ils virevoltaient et s'emballaient, pris d’une soudaine frénésie insatiable, portés par le désir qui montait au fil de leurs histoires. Ils finirent par s’éloigner et s’évaporer, faisant place à un silence complice qui les gardait au chaud, à l’abri des indiscrétions.