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Je de miroir

Penser se reconnaître et trouver quelqu’un d’autre Se surprendre à sourire au reflet inconnu Déjà apprivoisés, le cœur, les mains tendues Une partie de cache-cache pour pimenter l’histoire Puis effet volte-face, pirouette dérisoire Inspecter les recoins de cette surface lisse Embuer le décor, y dessiner un kiss Tatouage éphémère, empreinte fugitive Ne reste que le fantôme d’un baiser monochrome Ses chaînes sont bien lourdes dans cette errance amère Couvrant le bruit des autres et leurs foutues galères La terre peut bien trembler, la souffrance est égoïste Mur de béton armé, bunker anti-missiles Humanité de paille, qui s’écroule dans un souffle Palpitant en sommeil, anesthésié en boucle.

Antalgique

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Crédit photo : Jean Boccacino Images Aucun itinéraire, laisser la feuille de route Arpenter le bitume en repoussant les doutes Accueillir les hasards de ces rues qui se donnent Avec leurs mille visages et leurs voix qui résonnent Accepter l’insouciance pour quelques heures encore Avant de regagner l’habituel décor Admettre de se perdre dans quelque impasse sombre Aux pavés ternis par le passage des ombres Aimer chaque seconde de cette escapade Aventure solitaire pour esprit en balade Admirer les jardins dans la lumière d’hiver Assise sur une valise les pieds dans la poussière Allumer le regard de cette statue de bronze Aux courbes déchirantes pleines d’espoirs et de songes Accrocher un sourire aux branches nues des arbres Avant de redescendre sur cet astre d’ivoire.

Plage déserte

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Deux corps en déroute Qui s’accrochent l’un à l’autre Bouée inespérée Dans les flots en tumulte L’un s’agrippe, l’autre s’éloigne Emporté par les vagues Le ressac les sépare La terre loin devant Soulevés par le courant Leurs forces abandonnées Ils se laissent entraîner Et échouent sur un banc De sable d’amertume Où écume et lichens Enterrent leurs cœurs blessés Sur cette plage déserte Les deux corps se relèvent Fantômes de l’aube pâle Spectres déambulant Sans boussole et voués A errer dans ces dunes Comme des chiens sans collier.

Voix off

Insidieuse, elle trouve la faille, serpente autour, s’immisce, d’abord en sourdine, s’installe, prend ses aises, creuse un peu plus, et encouragée, trouve sa place. Sûre d’elle, de sa portée, elle s’engouffre et remplit chaque fêlure, chaque plaie laissée par les coups. Son timbre est grave, son accent roule. Envahissante, sans complaisance, vrombissante, elle enfile ses gants, enjambe les cordes effilochées, balance ses uppercuts. Attaquer, cogner, esquiver pour ne pas tomber. Match truqué, poids plume contre poids lourds. Elle s’en fout. Dernier round, elle doit tenir, ne pas faiblir. L’enveloppe de chair qui l’entoure peut bien s’ouvrir, hurler, saigner, elle ne jettera pas l’éponge. Combat intérieur, les tripes contre la raison. Question de nature, principe à la con. Pigeon vole et loup glacé, le ring devient cour de récré. Règles du jeu revues et corrigées, loi du plus fort, rébellion en culottes courtes, manège désenchanté : la voix s’esclaffe, se rebiffe puis ...

Le parc

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Des pas au hasard de ces sentiers cabossés. Ils tournent en rond, reviennent sur eux-mêmes, s’accordent une halte au pied d’un arbre centenaire. Un soleil tiède, encore timide, vient se mirer sur la surface gelée dont les cristaux éclatants lui renvoient son sourire. La fatigue et l’usure s’envolent. Des rires d’enfants surgissent, des vieilles dames se racontent, des accents de toutes les couleurs s’entremêlent et me transportent au bout du monde. Je dépose ma colère sur un banc entaillé. Des initiales gravées comme témoins d’un passage, d’une solitude abandonnée, d’une existence à crier. Je me laisse submerger par un torrent d’eau de vie qui tournoie et bouillonne, à l’envie, à l’envers. Ces lignes entrecroisées, ces ombres et ces reflets en compagnons de route, balises ancrées et essentielles. Le croissant de lune blanche déjà naissante finit de me remplir d’une douceur, d’un espoir qui me plaisent, me rassurent, me trahissent, me murmurent.

Fin de l'histoire

On le redoutait ce jour, il est venu hier. Une vingtaine de personnes rassemblées sur un plateau du bâtiment devenu trop grand. Un silence, des regards entendus, et l’annonce dans une voix cassée : notre site va fermer. Quelques gorges nouées, des larmes refoulées, du soulagement aussi après l’attente des derniers mois et la nervosité intérieure qu’amènent l’incertitude, la rumeur, les faux espoirs. La tristesse, l’incompréhension, la colère, la peur, les doutes, toutes ces émotions passaient à tour de rôle dans les yeux, sur les visages. Pas d’autre solution, situation économique déplorable, avenir plus qu’incertain, plan social, reclassement… Des mots vidés de leur sens qui sonnent creux, qui ne veulent rien dire sur l’instant. Sentiment solidaire de solitude, de remise en question. On pense aux plus âgés, à ce qu’ils vont devenir, ils semblent perdus. Puis on se souvient des bons moments, de l’effervescence des belles années, des sourires affichés sur les panneaux photos ...

N’habite Plus à l’Adresse Indiquée…

Cher Monsieur, Si d’aventure vous passiez par ici, sachez que ce courrier vous était adressé. Quelques lignes pour vous dire qu’il faut que cela cesse. N’avez-vous pas remarqué combien ces derniers jours le monde ne tourne plus rond ? Il se couvre maladroitement de cœurs de velours rouges, d’anges aux ailes d’or, étale pétales de roses, sentiments écarlates et mots d’amours en vrac. J’en perds toute ma raison… Je vous soupçonne d’y être un peu pour quelque chose, du haut de votre nuage, votre carquois plein de flèches n’était pas très discret. Quelqu’un de bien informé m’a même donné votre nom : Cupidon parait-il… Cela me dit vaguement quelque chose. Ne nous sommes-nous pas déjà croisés ? Mais je m’égare, revenons à nos moutons… Surtout comprenez bien mes honnêtes intentions. Continuez bien sûr à dégainer vos flèches, aux hasards de ces vies, de ces sentiers terrestres, à jeter vos filets sur toutes les jolies âmes qui veulent se partager… Pourriez-vous seuleme...