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En dessous

En dessous de dentelles Lola déambule Rubans, satin, résilles enlacent de douceur Son corps blanc qui ondule Pénombre, reflets d’argent, pleins et déliés Instant évanescent, elle s’arrête égarée Par la fenêtre ouverte de son toit oublié Un halo de lumière vient l’envelopper La lune lui murmure, lui souffle son air léger Caresse son épaule, sa gorge dénudée Elle se penche et la cueille, la croque, l’engloutit Se remplit de sa force Transportée, elle sourit A ce feu intérieur qui la gagne, l’envisage La remplit d’ivresse pure, de folie, de mirages Elle s’offre sans bruit ni mot au plus clair de la nuit Chevauchée irréelle, chair et ciel réunis Dentelles et soie sauvage retirées, mises à mal L’astre doré s’éclipse, emportant dans sa toile Un peu de sa candeur, quelques notes et soupirs D’une Lola sacrifiée au bûcher du désir.

Sur la toile

En accéléré ses mains. Belles, précises, amoureuses. Ballet romantique sur fonds de pigments. Elles étalent, caressent, tracent, effacent et recommencent, sans cesse. Comme la seule expression de ce corps et de l’âme qui l’habite, elles soufflent, s’inspirent, expirent et le délivrent. Plonger dans la matière, déverser sur le châssis, couche après couche, le reflet de ses angoisses, la couleur de ses tourments, les balayer et les recouvrir de la forme de ses rêves, la vision de son monde. Intérieur, extérieur, tout se mélange. Transe infernale à dix doigts, tableau craché du fonds des tripes, naissance douloureuse et enchanteresse à la fois. Vidé, l’artiste se replie. Doucement la peinture sèche.

Ton pote

Tu as du le voir arriver, de loin, son doux sourire au coin des lèvres. Personne ne t’avait prévenu. Pas lui, ce n’était pas possible, ta vue devait te jouer des tours. Il avait bien des cheveux quand tu es parti… et ce visage qui avait changé… non, tu devais te tromper. Tu t’es sûrement dit que c’était trop tôt, que tu pouvais bien attendre encore un peu, que tu n’étais pas seul, que tu avais tout le temps. Tu as vérifié le calendrier céleste, scruté les écrans de la voie lactée… peut-être t’étais-tu assoupi quelques dizaines d'années ? Tu pensais à ceux d’en bas, à celle assise à ses côtés. Tu t’es penché par-dessus la balustrade de verre, et puis plus de doute, l’image s’est faite plus nette. La brume qui le devançait s’est dissipée, tes yeux se sont accommodés, c'était bien lui. Tu as compris qu’il était heureux de te retrouver, qu’il avançait la démarche assurée, délivré des pinces qui le cisaillaient un peu plus chaque jour depuis ton départ. Tu n’étais pas au courant bie...

La serre

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Crédit photo : Jean Boccacino – A travers la vitre de la serre Il est de ces mystères que l’on ne perce jamais Posé là par erreur, coïncidence, hasard Morceau de chair et d’os aux oripeaux blafards Il erre dans ce jardin, dans cette serre humide Balade sa solitude, sa douleur translucide Sous la lumière cuivrée, dans la rosée perlante Il aspire le silence, écoute ses cris muets Déverse de vains sanglots dans la boue à ses pieds Le vide en lui résonne, il le remplit d’amer Il brûle de l’intérieur, cœur malade en jachère La porte vitrée retient sa jungle aux griffes puissantes Ses fauves, ses certitudes, ses amours flétrissantes Il les hait, les adule, boucle folle hésitante Qui le ronge et l’abîme, le torture, l’ensanglante Sous l’horizon en feu, aux démons qui l’acclament, Il se livre et se rend, fatigué, pris au piège De cette torpeur si douce, placebo, cataplasme Il s’échappe de cette île, de ce bout de nulle part Fuit sans se retourner, silhouette lisse et noire.

Au balcon

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J’ veux des couleurs au balcon de mon monde Pour faire taire les obtus qui le regardent de travers Pour crier aux curieux qu’on a le coeur ouvert J’veux y peindre les saisons, accrocher des planètes Des jardins de papier, des mers d’un bleu parfait J’ veux y mettre des étoiles, argentées et filantes Et qu’elles t’emportent léger dans des contrées lointaines Espiègles et sauvages, désertes, chaudes, chamarrées J’attends d' voir ta surprise, ton regard étonné Lorsque nos yeux se croisent sur ces tableaux d’ailleurs Qu’ils te prennent par la main et te permettent d’entrer Le temps d’un saut astral dans ma tête explosée Si tu passes par ici, lève la tienne et regarde Ce que j’voulais te dire sur ces toiles bigarrées C’est que j’ mets des couleurs au balcon de ton monde Pour t’aider à sourire et t’emmener dans ma ronde.

A deux pas

Moins qu’une ombre dans les couloirs de sa mémoire. Tout au plus une brume vaporeuse et floue qui se dissout par beau temps. Le coton de sa voix, de ses cris enfouis le réveille certaines nuits, au carrefour agité de ses remords piétinés et de ses regrets passagers. Il tremble et se relève, ouvre la fenêtre, respire au clair de lune, pour chasser cette odeur d’intimité, ce parfum envahissant qui lui revient soudain et lui brûle les entrailles. Les toits qui se détachent au-dessus de la ville le ramènent dans les combles de son plus vil combat. Il refait le parcours de ces nuits vénéneuses où leur âme et leur cœur jouaient à se défier, où la soie et le crin se frottaient l’un à l’autre. Cette frénésie bestiale qui le mettait à nu, découvrait son ardeur et un vide absolu. L’insupportable pensée de pouvoir se livrer, d’avancer sans armure. Il fallait reculer, tuer le possible dans l’œuf, poignarder son désir et le rendre assassin. Reprendre le contrôle, détachement ultime, remballer ses s...

Volcanique

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Sous les feux de la nuit, le monde s’offre à nous Etrange, merveilleux, envoûtant et torride Des lucioles étourdies virevoltent et se détachent Lumière artificielle, liquide abrutissant Quand les ombres s’entremêlent, la tension monte d’un cran Une mèche qui effleure, une main qui invite Des tableaux qui s’enchaînent à un rythme affolant Perception décalée des corps, des intentions Des lèvres qui s’entrouvrent, du khôl dévastateur, Des hanches qui se déchaînent, et dans le tourbillon Vos bouches qui se dévorent, sans pitié, impudiques Nous laissant partager les frissons de désir Qui vous secouent l’échine, vous soulèvent, vous raniment Energie flamboyante, vos yeux comme des rayons Transpercent la piste noire, le monde à l’unisson Renvoyant aux étoiles leur éclat et la vie en fusion.