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Dérive

Que se passe-t-il Tu m’évites De ma bouche Je t’invite Recommençons ces jeux Prenons de l’altitude Tes doigts en maîtres de feu Le long de ma solitude Endors-toi Reste là Serre-moi Comme j’ai froid Incantations futiles Silencieuses inutiles Te retenir pour quoi Pour quelques heures fragiles En équilibre instable Sur nos nuits qui se distillent Des frissons comme des lames Aiguisées à la hâte Dans l’urgence de nos vies Comédie en trois actes Post-scriptum manuscrit Des mots superposés Aux genres indéfinis Aux sens présupposés Des ronds dans les eaux floues Salées et apaisantes Un torrent d’amour fou De colère bienveillante.

Des riens avant tout

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Ces petits riens de la vie qui nous fait, je les hais, je les aime. Tendres ou explosifs, lisses pelliculés ou bruts de roche, je les traverse et les avale, parfois ils m’engloutissent à leur tour. Je les sens, ils vibrent. Onde de choc, vague mourante d’une mer d’été, je les accueille comme ils se posent, comme ils déferlent. Parfois la rage au ventre, souvent les sens en ébullition, jamais indifférente, sous peine de petite mort anticipée. Saigner d’amour, à en tomber. Le cœur qui gicle, la chair qui brûle. Exorciser cette plaie d’enfer, ouvrir les yeux, voir les couleurs. Cracher les mots, panser les autres pour que le monde retourne plus beau, pour que les heures y sonnent plus claires. Creuser mes rides, hurler encore et puis danser. Sur les jours qui nous portent, dans les matins d’hiver, sous le manteau d’une nuit étoilée. Suivre leur rythme audacieux et garder la mesure, improviser les pas de toutes mes aventures.

Notes en fuite

J’avais la tête ailleurs et déambulais au gré de mes envies, dans cette ville amie, ces rues des quatre saisons. A l’heure où les néons s’allument, où le soleil se voile, la foule presse le pas et claque sur le bitume des rythmes de samba. Carnaval de visages, de plumes et de lainages, la bise colore les joues, défie les audacieux et rit de sa malice. Je traînais davantage, à contrecourant des vents, m’amusant d’une étole gonflée et orgueilleuse, d’un chapeau indomptable, d’une esquisse de grimace. Le jour s’éteignait en douceur, les réverbères s’étiraient et s’allumaient, lucioles au corps doré, tirées de leur sommeil par un réveil mutin. Ballet sur les murs lisses, figures à la surface, les ombres glissaient autour de moi, se rattrapaient sur les pavés. Je m’en étonnais telle une enfant, chinoisais avec elles, savourant le moment, ignorant la froideur. Et puis trois notes fugaces, puissantes et sensuelles, arrivées de nulle part pour me faire frissonner. Des effluves au long cours re...

Sur la vague de nos jours

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Temps qui coule, temps qui file Nous malmène, nous modèle Côté face éparpille Des sillons à la pelle Vie qui passe, vie qui glace Nous transperce, nous renverse Nos corps flous en otages De ses maux en averse Nos cœurs comme des cristaux Fragiles et délicats Ecrins de tous les mots Habiles ou maladroits Amour danse, amour lance Nous emporte, nous abat Feu sacré, folle transe Pour des yeux où se noient Nos chimères et nos doutes Le temps que l’on n’a pas Nos mensonges en déroute Nos faiblesses, nos faux-pas Vivre encore, effleurer D’une main hésitante Des lendemains posés Comme des amours naissantes Balayer sur le sable L’écume de nos tristesses Y écrire la ballade De toutes nos ivresses.

Scène d'automne

Voilà que le vent se lève et qu’elle retombe. Recroquevillée et immobile, bercée par le sifflement qui déchire le silence. Le vent est loup, la louve s’invente. Au creux de ses arpèges, au plus haut de sa rythmique, elle se fond en mélodie, bouillonne des notes inaudibles. Il n’y a qu’elle pour les entendre, que lui pour les porter. Elles gonflent et s’étirent à lui exploser le gosier. Pas un écho, pas un murmure. Le chant s’envole, prend sa douleur, tempête au loin. Derrière la porte le sol qui gronde, la pluie qui bat. Des gouttes s’infiltrent, inondent le sol. A genoux dans la flaque, elle éponge de ses lambeaux obscurs ses doutes liquéfiés.

En dessous

En dessous de dentelles Lola déambule Rubans, satin, résilles enlacent de douceur Son corps blanc qui ondule Pénombre, reflets d’argent, pleins et déliés Instant évanescent, elle s’arrête égarée Par la fenêtre ouverte de son toit oublié Un halo de lumière vient l’envelopper La lune lui murmure, lui souffle son air léger Caresse son épaule, sa gorge dénudée Elle se penche et la cueille, la croque, l’engloutit Se remplit de sa force Transportée, elle sourit A ce feu intérieur qui la gagne, l’envisage La remplit d’ivresse pure, de folie, de mirages Elle s’offre sans bruit ni mot au plus clair de la nuit Chevauchée irréelle, chair et ciel réunis Dentelles et soie sauvage retirées, mises à mal L’astre doré s’éclipse, emportant dans sa toile Un peu de sa candeur, quelques notes et soupirs D’une Lola sacrifiée au bûcher du désir.

Sur la toile

En accéléré ses mains. Belles, précises, amoureuses. Ballet romantique sur fonds de pigments. Elles étalent, caressent, tracent, effacent et recommencent, sans cesse. Comme la seule expression de ce corps et de l’âme qui l’habite, elles soufflent, s’inspirent, expirent et le délivrent. Plonger dans la matière, déverser sur le châssis, couche après couche, le reflet de ses angoisses, la couleur de ses tourments, les balayer et les recouvrir de la forme de ses rêves, la vision de son monde. Intérieur, extérieur, tout se mélange. Transe infernale à dix doigts, tableau craché du fonds des tripes, naissance douloureuse et enchanteresse à la fois. Vidé, l’artiste se replie. Doucement la peinture sèche.