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La source

Etrange silence, celui de l’après, celui de l’ennui. Fini le tumulte des eaux vives, asséché le torrent d’émotions. Vide infini, abysse sombre et glacée où s’enfoncent les frissons, les souffles et les murmures, où se noient les cyclones, où coulent les déraisons. Désert climatisé, décor de carton-pâte, laissé à la portée de curieux qui s’attardent. Des signes qui s’empilent, vestiges d’un temps passé qui raconte son histoire, des bribes d’humanité. Un patchwork cousu main de rêves et de douleurs, jeté sur le lit froid d’un amour assassin. Une présence étrangère, un double familier, fantômes hantant les lieux de leurs plaintes lancinantes, sillonnant ce lieu clos en boucles délirantes. La source s’est tarie, la roche s’est asséchée, découvrant la rudesse d’un terrain menacé, par les heures qui avancent, par la fuite des saisons.

500 euros et 500 secondes par la fille d’ici

La femme de Georges , une blog-copine, m’a refilé une patate chaude. Donc on disait, moins de 10 minutes à vivre et 500 euros ? D’abord je décroche les pendules et enlève les piles pour arrêter le temps… Laissons planer le doute et l’incertitude sur le moment exact, dernier sursaut d’espoir… Puis j’enregistre un message post-mortem sur mon répondeur pour que personne ne soit surpris de mon silence, ça ne me ressemble pas… Ensuite ça dépend de la saison… quitter ce monde en plein soleil ou blottie sous ma couette ? Le moment arrive, je ne me laisse pas faire comme ça. Je regarde la mort en face et essaie de négocier l'heure du départ : j’ai de bons arguments ! Les 500 euros me direz-vous ? Ca fait partie de la négociation. La mort est cupide, c’est bien connu, elle n’en a jamais assez… elle doit être fatiguée aussi, à aspirer des vies en continu depuis la nuit des temps… Alors je lui propose un break, une petite escapade, tout frais payés, histoire de recharger les batteries pour el...

Mille feuilles

Image
Il se tient droit là devant moi, me fait de l’œil, m’appelle. Beau, fier et élégant, dans son costume de sucre glace lisse et bien coupé, à l’allure racée dont rien ne dépasse. Tentation suprême, désir incontrôlé et urgent à assouvir… je plonge ! A main nue et sans couverts, tremblante et craintive de la suite… L’approche est délicate et demande du doigté. La bouche ouverte appréhende le meilleur angle d’attaque. Les yeux se ferment au doux contact de cette matière devenue mouvante, vibrante et vivante au premier coup de dents. Plaisir et volupté, ma langue caresse tous ces flancs débordants et n’en laisse s’échapper aucune miette. Quelques bouchées plus tard, je contemple l’assiette vide et sourit à ce délice englouti, les yeux encore écarquillés de cet appétit retrouvé sur ce bout de carré sucré.

A Bout de souffles...

Bouts de mots, bouts de vies, bouts de nous, nous si froids, nous glacés, nous cinglants, vous en pieds. C’est un hic qui nous guette, une panique, un rejet... le squelette des pourquoi, le spectre de nos amours, des zombies sur papier. Asséchés les ruisseaux de vos larmes, de vos cris étouffés … absorbés vos sourires, vos louanges, vos regrets, restent la peau des douleurs, des abîmes, desséchée et froissée. Une cicatrice banale et mal raccommodée, qui parle à qui l’entend de ses épines fragiles, d’une carapace dorée, épaisse et spongieuse… dans un souffle, désarmée.

Arabesques sur papier couché

Rail express. Deux voies parallèles, destination l’inconnu. Pas très longtemps, juste ce qu’il faut. Voyage d’agrément, pour saisir le mystère, apprivoiser la douceur. Collision. Forte, contrastée, superposée. Négatif positif. Trouver la perle dans les débris, la saisir, l’emporter. Vers un autre espace-temps, dans une autre dimension, aux portes ouvertes et aux frontières absentes. Explorer ses galaxies, se réjouir d’apesanteur, oublier les corps lourds. Absorber sa lumière, renaître de son éclat et revenir. Au même endroit, dans le fer et l’acier, dans la rouille délavée d’une gare sous la pluie.

Divagations nocturnes

Vous me devinez et me contrôlez d’un sourire hypnotique. Le souffle me manque. Poumons de paille, cœur effusion. La bouche tendue vers le ciel pour happer encore quelques molécules invisibles de votre air ravageur, je m’enfonce avec délectation dans un marécage brûlant, me noie dans une mer de lave en fusion. Je fonds et me dissous, m’éparpille en sourdine, tandis que votre voix lointaine et ouatinée ricoche dans mon cortex, rappelle toutes mes cellules. La matière se reforme, je reviens à la vie, remonte de ce cratère, automate déréglée par un grain de rêverie.

Impatience

Ce picotement à fleur de cœur, cette impression de dérouler les aiguilles à l’envers, tressaillement convulsif de tant d’espoir contenu… et l’attente, longue et froide, revêche et hautaine. Tu ne peux pas me piétiner me dit-elle, je suis le passeur, l’incontournable. J’ai beau jouer avec la matière et espérer une accélération des particules, rien ne se passe, rien n’arrive, tout stagne. Ce vide qui me sépare de mon futur proche conjugué au conditionnel se remplit tour à tour de bleu ciel hypothétique, de blancs interrogatifs et de sombres images passées antérieures. Zone de transit, aérogare désert et silencieux… Quelques jours, des siècles.