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C'était un matin ordinaire.  Ciel bas et lumière blanche, un petit goût de coton sous la langue. La nuit avait été longue. Encore des heures translucides qui s'étaient étirées sans faillir. Je n'arrivais plus a dormir, mes yeux se refermaient a chaque tentative sur cette bouche exsangue, tordue, effroyable, sans visage .  Cette vision me hantait, m'épuisait.  Claquant la porte derrière moi, je repartais vers une de ces journées familières qui me laissait parfois un peu de répit. L'air glacé de ce matin d'hiver me saisit à la gorge et je suffoquais un instant comme étouffée par ma propre respiration.  Le manque de sommeil sans doute, je vacillai, prise d'un vertige et sentant la nausée m'envahir. Une douleur sourde s'installa derrière mes paupières, u n tempo effréné battait mes tempes. Puis une voix, amicale et rassurante : "Tu es tombée ce matin", commença-t-elle, "Je t'attendais et te voici, à l'heure prévue". ...

Heure creuse

Le vin dans mes cellules danse et ondule Emmenée par les vagues incessantes de ce corps étranger Je me laisse dériver Elles me bercent, me caressent Soulèvent ce corps lourd et inerte Flottant dans leurs bras d'écume amère il tangue Le cœur prêt a passer par dessus bord. La houle se fait plus forte Nuit pleine et lune masquée L'esprit engourdi sombre. L'aube épineuse se lève sur les parois de cristal asséchées Une unique larme rouge aux reflets irisés Me rappelle la pâleur de ces heures à pleurer sur vos tombes.

Mali' song

Ce matin j'ai eu peur Peur pour toi que je ne connais pas Seules quelques lignes depuis les dunes Me relient a ta vie  Me disent tes espérances Me content tes jeux d'enfant Je sais les heures chaudes Qui assèchent ta terre Le labeur dans les champs L'école en point de repère  J'aimerais te voir courir Sur le chemin poussière  T'entendre chanter l'Afrique Ton Pays, ses mystères  Mais je ne suis qu'un point Minuscule, un atome, Dans ton horizon azur Un être de papier Une amitié fantôme Alors tu me souris  D'aussi loin que tu dors Et je te souffle en écho  Des rêves Technicolor. 

L'esprit assassin

Et tuer ce souvenir  Comme on tue le temps D'une lame fine et aiguisée D'un geste précis  Et sans hésiter  Faire crever la douleur Jusqu'à ce qu'elle agonise Dans un râle insupportable  Dans un dernier souffle  Froid et distant. 

Etat d'urgence

La bouche rouge sang L’envie aussi Et puis le blanc Cotonneux, saisissant Désir perdu Au fil des mots Fatigue sensuelle Coeur flétrissant Les lèvres serrées Dans la nuit noire Il est temps disais-je D’aller me coucher.

[...]

J'aimerais trouver des mots légers, des mots sourires, des mots amis. J'aimerais reprendre le ton qu'il faut, pour faire comme si, pour donner le change, une fois de plus. J'aimerais tellement la trouver belle, l'aimer un peu, l'apprivoiser, cette vie qui cogne, qui éclabousse, qui désintègre. Et je scrute ce monde, sens dessus-dessous, essoufflé, à genoux. Il s'ébat, se débat, hurle de faim, crève de trop. De folies en douleurs, d'asphyxies en maigreurs, d'inconsciences en vanités, je le regarde tourner et se mordre la queue. Il déraille, se fracasse et explose. Une erreur d'aiguillage, un attentat silencieux... Alors sous ma plume les mots s'habillent de plomb, le temps d'une idée bleue posée à l'horizon de mes soirs endeuillés.

Dans 1000 ans

Et retrouver dans le parfum des fleurs cette idée de nous qui se distille délicatement dans les alizés pourpres et les cieux débordants, La laisser voyager pour apprendre encore de ces rencontres et de nos chemins divergents, L'amener jusqu'à ce rocher surplombant la grande bleue, Y poser notre empreinte et quelques-uns de nos secrets, Souffler aux oiseaux ces notes opalines qui nous bercent sous l'orage... Et revenir dans ce jardin où le lierre enserre la rose.