25 janv. 2015

76

Balayant le trottoir de mes souvenirs d’enfant
De drôles d’images déboulent, le cœur a contre-champ
Tous ces instants de vie, cette tendresse empilée
Se fondent et s’entremêlent, dessinent ton portrait
Il me faut rassembler d’aussi loin que possible
Les notes de ta voix pour qu’elle ne s’éparpille
Dans les dédales du temps et me laisse orpheline
De cette grave douceur, de cette bienveillance
Encore un jour étrange, une sensation de vide
Rendez-vous ponctuels avec une ou deux rides
Qui racontent notre histoire, ta vie et puis l’après
Te garder en-dedans, l’écrire et puis danser.


Ombre

Il y avait cette ombre sur le mur qui  l'attendait chaque soir, inlassablement, obstinément. 
Elle se baladait, aux quatre coins de cette chambre vide, prenait parfois en consistance. 
Certains soirs, lorsque le silence devenait trop pesant, il se surprenait à lui confier ses tourments.
Elle ne lui apportait aucune réponse, jamais. 
Elle entamait plutôt une danse folle, comme exaltée par ce tourbillon de questions. 
Il la regardait valser, étourdi par la grâce avec laquelle elle tournoyait sous la lune.
Par un matin plus clair qu'un autre, il décida de la tuer, pour de bon. 
Il recouvrit le mur d'une peinture sombre, épaisse. 
L'ombre manqua d'air et disparut, laissant derrière elle quelques larmes sur le parquet. 

10 août 2014

(...)

Le soleil encore tiède de septembre fut mon seul compagnon aujourd'hui
Je m'étais pourtant ensevelie sous le joyeux brouhaha des autres
Leurs mots décousus formant une langue inconnue
Leurs corps trop en mouvement créant une valse incessante
Qui me remontait invariablement à la surface de mon monde  
Ce monde sans voix, ce monde sans cri
Un cocon précieux, une bulle protectrice
Pleine d’une infinie tendresse, d’une douce mélancolie
La foule n’aspire pas, elle déverse
Ses émotions bruyantes en écho des miennes, silencieuses. 

1 juil. 2014

Bises (redif de 2007)

Ce petit mot que tu me glisses avec malice du bout des lèvres
Me fait toujours autant d’effet et tu le sais
Délice, supplice, qu’on en finisse, laisse les venir sur mes joues lisses
Qu’elles tourbillonnent, s’envolent et claquent, ces belles promises
Qu’elles se déposent, tendres et exquises sur mes fossettes
Qu’elles se déroulent et se répandent le long de mon cou en pirouettes
Qu’elles tambourinent, forcent le passage
Trouvent le chemin, percent le barrage
Qu’elles me chavirent, me laissent repue
De leur douceur, de tant, de plus…

29 juin 2014

Inside

Ça grouille à l'intérieur, ça vit, ça enfle, ça frise le trop-plein
Folie furieuse qui ronge et consume
Acide, brûlante, brutale aussi
J'y avais presque cru à cette farce, il s'en était fallu de peu
A m'en enliser l'esprit, à m'en pendre la raison
Le repos ne viendra-t-il donc jamais que trop tard  
Il est bien plus difficile de renoncer que de croire
Il en coûte tellement
Bercée par vos mots bleus, apaisée sous vos sourires
Genou à terre et dos offert, votre bonté, le coup de grâce
Que ne suis-je de celles qui osent et qui aimantent
Magnétiques, sensuelles, magiciennes, amantes
Mais il me faut me résoudre à n’être que l’amie
Ce mot si doux, si âpre sur vos lèvres convoitées
Interdites à ma bouche, tremblante, à votre portée.

18 juin 2014

Balade

Et marcher sur les pierres
Par un matin précieux
Les pieds nus, le corps chaud
Baigné par le soleil
Sentir les vibrations
Des entrailles de la terre
Deviner la rosée
Qui scintille et ruisselle
S’enivrer de couleurs
Aux mille et un parfums
Jouer avec le vent
Qui réveille les forêts
Regonfle les espoirs
Frissonner au détour
D’un nuage trop blanc
Poser la grande armure
Effeuiller le présent
Hurler à l’astre là-haut
Ces sensations de vie
Qui étreignent et emportent
Par-delà les douleurs
Les déchirures infimes
Sournoises et dévorantes
Redonner à demain
Son sens sa raison d’être
Et marcher sur les pierres
Pour revenir plus vraie.

16 juin 2014

Mademoiselle Spleen

Elle s'installe tranquillement sur le rebord de la fenêtre et lui jette un regard complice. 
Elle le surprend toujours lorsqu'elle surgit de nulle part.
Il l'avait connue un soir d'été, une de ces rencontres inattendues, en terrasse d'un bar oublié.      
C'est elle qui l'avait rejoint et qui s'était invitée à sa table. Ils avaient pris un verre, puis deux, puis trop… Il lui avait confié ses manques, ses regrets, ses ratés. Celles qu’il avait aimées, la maladie de sa mère, une sœur folle à lier, les oiseaux moqueurs et le vide à ses pieds. Attendrie et patiente, elle l’avait enveloppée, pris sur sa poitrine, elle l’avait réchauffé. Sans poser de questions, elle essuyait ses larmes, buvait ses mots charbon. Il se coulait en elle, noyait sa déraison.  Elle était toujours là, de l’aube à la nuit blanche, dormait tout contre lui, frissonnant sur ses hanches. Parfois il la quittait, une escapade en douce, le temps d’une brève histoire, un sursaut dans sa course. Mais il revient toujours dans ses bras rassurants, elle guette tous ses faux-pas et pointe ses faux-semblants. Quand il sent qu’elle approche, il aimerait la tuer, l’étouffer au réveil, la clouer au parquet,  faire taire sa voix mielleuse... un dard dans son cortex. Mais toutes ses forces le quittent, quand sur son lit défait, il regarde la bouteille, le verre et les cachets, qu’elle a déposés là, en amante dévouée.

15 juin 2014

Au nom du père

A la pointe du jour, quand le silence tranquille vient bercer tous mes rêves, faire disparaître mes peurs et mes colères, j’imagine ce voyage que l’on ferait encore. Un voyage enchanteur, dans la forêt des songes, des fantômes bienveillants. Il nous emmène tous deux, au coeur de nos souvenirs, reprend les chemins connus, nous berce de mille chansons. Les jours sont des secondes, les années des soleils, nous marchons côte à côte, remplis de feux ardents. Là les mots n’ont plus cours, ils flottent et disparaissent, ils laissent à nos sourires la place qu’ils méritent. Tu redeviens vivant, ton ombre sur le côté, je redeviens enfant et ma main dans la tienne, me voilà rassurée. Il y a sous le platane la liberté qui roule, l’avenir qui me regarde et toi qui me protège. 

13 juin 2014

Chanson pour rien

Une chanson pour rien ou juste pour le plaisir
D’aligner quelques mots, quelques notes rebelles
Une chanson pour rien ou juste par envie folle
D’accrocher dans tes yeux de fragiles passerelles
Vers des mondes enfouis, vers des châteaux de sel
Fredonner dans ton cou, oublier et partir
Pour des nuits infinies, des clartés, des empires
Y déposer nos vies comme un ultimatum
L’urgence en bandoulière, l’envie à fleur de peau
Oublier les on-dit, les rires métalliques
Laisser couler l’amer, brûler tous les drapeaux
Rester cent jours tapis, cachés dans la lumière
Des illusions dorées, des étoiles solitaires
Revenir à midi charriés par l’océan
De nos souvenirs coupables
De nos chimères d’enfants
Une chanson pour rien ou juste pour te dire
Que dans mes longs silences
Résonnent tous ces délires.

Onde de choc

Il suffit parfois d'un presque rien, d'un mouvement imperceptible de l'univers, pour consumer tout ce que nous étions, ou croyions être, et devenir une entité nouvelle, un mutant ordinaire. Où vont les illusions, les douces certitudes quand un regard perdu trouble nos latitudes ? Décalé, à côté, sans repères, vibrer, dans l’ombre, le souffle court, le cœur ouvert. Retrouver la fréquence, l’onde mise en sommeil, fixer dans cet instant la lumière du réveil. 

5 nov. 2013

Des fillettes et des roses

Le gros Monsieur m’a dit
Que je n’étais pas bien belle
Et même plutôt vilaine
Que mes yeux étaient trop grands
Et mes bras bien trop longs
Il a fait une grimace
Découvrant mon jupon
Car mes jambes étaient sales
Mes pieds comme du charbon
Et puis ces cheveux raides
Ce museau de cochon
Vraiment il fallait voir
De quoi avais-je donc l’air
J’ai tourné les talons
Le laissant à sa bière
Sa terrasse son soleil
J’ai remballé mes roses
Me suis mise en sommeil
Mes mains noires refermées
Sur ces piécettes dorées
Ce butin dérisoire
Qu’il me faut amasser
Tous les jours de l’année
Mes yeux sont bien trop grands
Pour contenir cette rage
Ce trop-plein de rancœur
Ils déversent des torrents
Le long de mon voyage
Dès qu’un Monsieur trop gros
Méprisant malpoli
Me dit qu’je ne suis pas belle
Et s’en retourne à sa vie.

11 oct. 2013

(...)

C'était un matin ordinaire. 
Ciel bas et lumière blanche, un petit goût de coton sous la langue.
La nuit avait été longue. Encore des heures translucides qui s'étaient étirées sans faillir.
Je n'arrivais plus a dormir, mes yeux se refermaient a chaque tentative sur cette bouche exsangue, tordue, effroyable, sans visage
Cette vision me hantait, m'épuisait. 
Claquant la porte derrière moi, je repartais vers une de ces journées familières qui me laissait parfois un peu de répit.
L'air glacé de ce matin d'hiver me saisit à la gorge et je suffoquais un instant comme étouffée par ma propre respiration. 
Le manque de sommeil sans doute, je vacillai, prise d'un vertige et sentant la nausée m'envahir. Une douleur sourde s'installa derrière mes paupières, un tempo effréné battait mes tempes.
Puis une voix, amicale et rassurante :
"Tu es tombée ce matin", commença-t-elle, "Je t'attendais et te voici, à l'heure prévue".
C''était un matin ordinaire.

13 sept. 2012

Heure creuse

Le vin dans mes cellules danse et ondule
Emmenée par les vagues incessantes de ce corps étranger
Je me laisse dériver

Elles me bercent, me caressent
Soulèvent ce corps lourd et inerte
Flottant dans leurs bras d'écume amère il tangue
Le cœur prêt a passer par dessus bord.

La houle se fait plus forte
Nuit pleine et lune masquée
L'esprit engourdi sombre.

L'aube épineuse se lève sur les parois de cristal asséchées
Une unique larme rouge aux reflets irisés
Me rappelle la pâleur de ces heures à pleurer sur vos tombes.

25 août 2012

Mali' song

Ce matin j'ai eu peur
Peur pour toi que je ne connais pas
Seules quelques lignes depuis les dunes
Me relient a ta vie 
Me disent tes espérances
Me content tes jeux d'enfant
Je sais les heures chaudes
Qui assèchent ta terre
Le labeur dans les champs
L'école en point de repère 
J'aimerais te voir courir
Sur le chemin poussière 
T'entendre chanter l'Afrique
Ton Pays, ses mystères 
Mais je ne suis qu'un point
Minuscule, un atome,
Dans ton horizon azur
Un être de papier
Une amitié fantôme
Alors tu me souris 
D'aussi loin que tu dors
Et je te souffle en écho 
Des rêves Technicolor. 

18 août 2012

L'esprit assassin

Et tuer ce souvenir 
Comme on tue le temps
D'une lame fine et aiguisée
D'un geste précis 
Et sans hésiter 
Faire crever la douleur
Jusqu'à ce qu'elle agonise
Dans un râle insupportable 
Dans un dernier souffle 
Froid et distant. 

15 août 2012

Etat d'urgence


La bouche rouge sang
L’envie aussi
Et puis le blanc
Cotonneux, saisissant
Désir perdu
Au fil des mots
Fatigue sensuelle
Coeur flétrissant
Les lèvres serrées
Dans la nuit noire
Il est temps disais-je
D’aller me coucher.

27 sept. 2011

[...]

J'aimerais trouver des mots légers, des mots sourires, des mots amis.
J'aimerais reprendre le ton qu'il faut, pour faire comme si, pour
donner le change, une fois de plus.
J'aimerais tellement la trouver belle, l'aimer un peu, l'apprivoiser,
cette vie qui cogne, qui éclabousse, qui désintègre.
Et je scrute ce monde, sens dessus-dessous, essoufflé, à genoux.
Il s'ébat, se débat, hurle de faim, crève de trop.
De folies en douleurs, d'asphyxies en maigreurs, d'inconsciences en
vanités, je le regarde tourner et se mordre la queue.
Il déraille, se fracasse et explose. Une erreur d'aiguillage, un
attentat silencieux...
Alors sous ma plume les mots s'habillent de plomb, le temps d'une idée
bleue posée à l'horizon de mes soirs endeuillés.

25 août 2011

Dans 1000 ans

Et retrouver dans le parfum des fleurs cette idée de nous qui se
distille délicatement dans les alizés pourpres et les cieux
débordants,
La laisser voyager pour apprendre encore de ces rencontres et de nos
chemins divergents,
L'amener jusqu'à ce rocher surplombant la grande bleue,
Y poser notre empreinte et quelques-uns de nos secrets,
Souffler aux oiseaux ces notes opalines qui nous bercent sous l'orage...
Et revenir dans ce jardin où le lierre enserre la rose.

19 août 2011

Inter-section

C'était comme vous croiser, après tant de siècles passés sans
nouvelles.
Il suffit parfois d'un chemin hasardeux, celui que l'on emprunte sans
jamais deviner où il mène.
Une route sans panneau d'indication et aux réverbères éteints...
"Bonjour" aurait dit l'allumeur...
Seul un néon disloqué grésillait sur la façade d'un bar de quartier.
La pluie battait mes chevilles, mes os étaient trempés, la porte
entrouverte.
Derrière le comptoir, un serveur fatigué... dans un coin sombre
derrière le pilier de béton, des yeux qui me scrutaient.
Votre sourire finit de figer ce qu'il me restait à cet instant de
conscience.
Je fixai le croissant de lune accroché au coin de votre lèvre,
fascinée par l'éclat qu'il donnait à votre visage anguleux.
Je pense que j'ai fini par vous sourire à mon tour...
Cette fois, je ne pouvais plus m'enfuir, il fallait que je vous
affronte, que je plante mes yeux dans les vôtres et que je vous
demande enfin : où étiez-vous toutes ces années ? Ces années
passées à vous chercher, à vous imaginer, à vous deviner...

14 août 2011

(...)

Et crever de sommeil a force d'abandon.  
Y laisser son souffle.
Egrener dans la nuit d'ébène des frissons silencieux. 

Refermer la  parenthèse d'un pâle sourire fatigué. 
Sombrer dans un profond néant  sans rêve ni angoisse.

6 août 2011

Rang des Vous

Ils sont alignés et bien sages, défilant sous mes yeux étonnés et
timides.
A portée de ma vie, distants sans vraiment l'être...
Ma main les fait valser, je touche leur visage, des caresses
virtuelles sur des peaux émaillées ou ridées.
Un arrêt appuyé, une interrogation furtive : et si vous étiez là,
comment m'y prendrais-je, que me demanderiez-vous ?
Un mot laissé au hasard, une impression de soi, dans la multitude des
signes, dans le couloir des noms.
Et puis un signal, un écho, une chanson qui resserrent les mailles et
créent une illusion.
On change les interfaces, toujours sous couverture, se livrant un peu
plus et se dénudant l'âme.
Des solitudes feintes aux fardeaux bien trop lourds, le jeu toujours
binaire réserve quelques surprises.
Alors les masques tombent, les chairs deviennent réelles, reprenant
leurs droits sur l'imagination.
Pour tromper nos angoisses, on s'allonge un instant sur le divan du
temps, le lit itinérant des souvenirs écarlates.
Les jours d'après s'étirent, sans manque sans frustration, le cœur n'a
pas vibré... le corps a ses raisons.
Combien de vous à venir, en rang ou en pagaille, pour reconnaitre et
atteindre l'ultime connexion ?

11 janv. 2011

Juste un cri

Nous sommes là, pantelants, livides, malhabiles
Bafouillant, ressassant nos discours inutiles
Que peuvent bien faire les mots, creux, vides et insensés
Contre ce cauchemar naissant pour cette mère endeuillée
Que dire à ce père aimant qui bascule au vent
Qui s’émiette de douleur, ce roc, ce géant
Petite bulle naissante éclatée en plein vol
Tu laisses derrière toi des rivières sur nos sols
Je veux hurler leur peine dans un cri rauque puissant
Et que tu l’entendes dans ton ailleurs béant
Ce gouffre, cet abîme qui se referme sur toi
Dans un tremblement de cœur, pour la dernière fois.

29 août 2010

Attention, danger

Sur l’asphalte. Une nuit d’été lourde et pluvieuse. Un tapis sombre et ruisselant qui se déroule, m’entraînant toujours un peu plus loin, un peu plus vite.
J’évite les secousses, zigzague sous les gouttes.

Il est tard, la lune est fatiguée. Elle s’est endormie sous son épais duvet nuageux, me laissant seule sous les éclairs.

Je souris malgré moi en entendant cette chanson qui sort des enceintes saturées, le volume au maximum pour couvrir la colère du ciel et me rassurer. Seul lien avec la vie ailleurs.

Les kilomètres s’enchaînent et me déroutent. Je ne me suis jamais sentie aussi libre et consciente qu’enfermée dans ces parois d’acier.

Le ciel se fait plus noir, les cordes d’eau plus épaisses. Je navigue à l’aveugle et glisse sur ce miroir sans tain qui peut se briser au moindre coup de frein. La musique s’emballe.

J’aime cette solitude nocturne, cette sensation dangereuse que ma vie dépend à ce moment même de cette ligne blanche à ne pas franchir, de ces pièges à éviter. Cette impression que le monde autour se dérobe, qu’il fond et s’aplatit, englouti par la vitesse.

Je ne suis plus sûre de vouloir rentrer. L’envie de prolonger cette contradiction est plus forte. Suivre ma déraison. Garder un temps encore cette certitude d’être à ma place. Un atome en mouvement à la surface de cette terre désertée, sans repère ni destination précise, quelque part dans l’univers.

22 août 2010

(Dé)Construction

Une carapace, une armure de chair, un rempart contre les assauts.
Le temps l’avait élevé, couche après couche, sans que personne ne s’y oppose.

Une vision déformée de soi, un reflet que l’on ne regarde plus tant il fait peur, tant on devine ce qu’il peut devenir, encore.

L’incompréhension devant cette forteresse en construction.
Contre quoi, contre qui ?
Contre soi bien sûr.

Toutes ces peurs englouties, ces manques avalés, ces turbulences dévorées.
« Ne vous attardez pas… passez votre regard… il n’y a rien qui puisse vous plaire ici. »
Le cœur gélifié, le corps pris à son propre piège enveloppant.

Le temps venu de l’effeuillage, se donner de nouveaux droits, se réapproprier son image, faire la paix avec son ombre.
Désembourber ces lignes enfouies, épurer leur contour… et caresser un espoir, celui un jour de s’aimer un peu plus, enfin.

9 août 2010

Le puits

Un brouillard épais, opaque, dangereux.
De celui qui s’infiltre sous la porte, sans avoir été invité, rampant tel un serpent silencieux le long du corridor, avant de vous surprendre au saut du lit.
C’est vous qu’il a choisi, il guettait sa proie depuis un moment déjà.
D’abord il vous enveloppe, faisant mine de vous réchauffer, de vous câliner. Mais très vite, il vous enserre, vous oppresse, vous étouffe.
Vous cherchez à le repousser, vous criez, vous hurlez, vous vous débattez à en pleurer. Rien à faire, son emprise est totale.
Peu à peu, il vous apprivoise, vous acceptez qu’il vous colle à la peau, espérant encore secrètement qu’il jette l’éponge, lassé de votre docilité.
Certain de votre soumission, il vous laisse parfois prendre un peu de distances, vous rattrapant à la volée quand vous semblez hésiter.
Et puis tout se détraque.
Quand enfin il cherche à partir, parce qu’il s'ennuie et n’a plus aucune raison de vous retenir en otage, c’est à votre tour de le supplier.
« Reste… encore un peu… comment vais-je faire sans toi…»
Vous vous êtes habitué à sa présence, la vie est plus confortable avec lui, il est un bon alibi.
Alors vous l’entretenez le gigolo de votre âme torturée, et vous le payez cher.
Devenu son ombre, c’est lui maintenant qui vous contrôle, vous précède, vous cache et vole votre lumière.

25 juil. 2010

Suspendue

Un corps sans voile ni artifice.
Que le grain de sa peau pour unique couverture.
Un corps mis à nu, immobile, aux histoires chaotiques, aux cicatrices blanchies.
Il repose devant moi, invitant ma main à se perdre dans le creux de ses détours, sur le plein de ses vies.
Frissonnant au moindre battement de cil perdu, il me conte des soupirs passés et me livre ses désirs emmurés.
Je le parcours sans réserve, sans retenue, découvrant peu à peu son histoire inachevée.
Distillant ses angoisses, dissolvant ses silences, le cocon se fissure au fil de mon voyage.
Un vent nouveau l’accompagne, celui de l’insouciance retrouvée, de l’instant accompli.

18 juil. 2010

"Coques, coquilles et coquillages..."

De ces instants fugueurs posés ensemble, il me reste des minutes en apnée, hors du temps, où l’air ne manque jamais.
Des fragments de lumière blanche, des bribes d’azur dans nos prunelles, des suites de points liés.
Je garde la saveur de nos étreintes salées, de nos grains de peaux ensablées, de nos empreintes coulées dans cette immensité.
Je fixe les pastels, dilue tous ces pigments sur des toiles de coton blanc regonflées sous le vent.
Nous pêchons des parfums aux couleurs électriques, creusons à pleine mains nos jours qui se dérobent sous un soleil qui pique.
Intraveineuse d’amour, molécule addictive, nous vivons sur ce fil de notes sélectives.
J’apprends encore le nom de ces heures au zénith, bâtis à demi-mots nos châteaux de granit.
Au galop sur nos souffles alignés, je scrute l’horizon, détache nos silhouettes sur cette ligne inventée.
Elles prennent en consistance au fil des lunes et des marées, rejoignent ces bulles d’or et tournent en ombres chinoises sur le manège de nos souvenirs d’été.

27 mai 2010

Des mots doux

Ils flottaient dans l’air du soir, presque imperceptibles, ne s’attendant pas à ce qu’une oreille trop attentive les surprenne et les recueille.
Murmurés, susurrés, ils cherchaient un écrin, un écho.
Des mots d’amour insouciants, suaves et sensuels, comme la caresse d’une main gantée de velours sur une peau nue.
Ils allaient et venaient, d’une bouche à l’autre, s’enrobaient de douceur pour mieux se blottir et se fondre dans les baisers de l’autre.
Ils se cachaient parfois, attendant le moment propice pour mieux réapparaître, laissant les lèvres et les souffles les engloutir à nouveau.
Rieurs et colorés, osés, acidulés, ils virevoltaient et s'emballaient, pris d’une soudaine frénésie insatiable, portés par le désir qui montait au fil de leurs histoires.
Ils finirent par s’éloigner et s’évaporer, faisant place à un silence complice qui les gardait au chaud, à l’abri des indiscrétions.

1 mai 2010

Echappée belle

Allez viens…
On se taille… Je t’emmène… on tourne en rond, on fait des bulles… il est temps !
Avant qu’on ne grandisse trop vite, qu’on ne devienne raisonnable…
Ouvre les bras que je m’y élance, que mes chevilles enserrent ta taille, dévalons les heures qui s’étendent devant nous, laissons le fer rouillé et la pluie froide derrière…
Allez, laisse tomber tes certitudes, celles qui t’enchainent et te laissent au bord de la route, celles qui t’aveuglent et t’obscurcissent le paysage…
Voilà, souris, ça te va tellement bien…
J’aime tes yeux quand ils me renvoient cette pleine et douce lueur, quand ils me consument sans rien me promettre… alors je ne manque de rien…
Glissons vers ces demains à folle allure, de celle qui nous surprend, qui nous laisse essoufflés, le palpitant gonflé de ce trop plein de vie…
Prenons les chemins de traverse, aux détours hasardeux, pour cueillir d’autres envies, inventer d’autres jeux…
Allez viens, je t’attends…

16 mars 2010

Lignes de fuite

J'ai ce carnet souple où s'étirent de petits bouts de moi, un rendez-vous secret qui rythme mes errances et ponctue de son ivresse les instants endormis.
Je les repêche au fil des lignes, où voyelles et consonnes s'enchaînent pour se séduire, se prennent par la taille, se suivent les yeux fermés.
Leur pas les rend légers, ils valsent en cadence, comme ces moments précieux tourbillonnent et s'envolent.
Je souris à les lire, les paupières mi-closes, m'imaginant demain dans d'autres vers désuets, d'autres alexandrins qui me feront danser.
Je respire le parfum de ces possibles frissons et trace sur le vélin de nouveaux horizons.