Et la vie continue...

Tour à tour silencieuse, rayonnante, enivrante, rugissante, violente, déferlante...Mais toujours surprenante.
Jusqu'au bout.

4 juin 2009

La source

Etrange silence, celui de l’après, celui de l’ennui.
Fini le tumulte des eaux vives, asséché le torrent d’émotions.
Vide infini, abysse sombre et glacée où s’enfoncent les frissons, les souffles et les murmures, où se noient les cyclones, où coulent les déraisons.
Désert climatisé, décor de carton-pâte, laissé à la portée de curieux qui s’attardent.
Des signes qui s’empilent, vestiges d’un temps passé qui raconte son histoire, des bribes d’humanité.
Un patchwork cousu main de rêves et de douleurs, jeté sur le lit froid d’un amour assassin.
Une présence étrangère, un double familier, fantômes hantant les lieux de leurs plaintes lancinantes, sillonnant ce lieu clos en boucles délirantes.
La source s’est tarie, la roche s’est asséchée, découvrant la rudesse d’un terrain menacé, par les heures qui avancent, par la fuite des saisons.

22 févr. 2009

500 euros et 500 secondes par la fille d’ici

La femme de Georges, une blog-copine, m’a refilé une patate chaude.

Donc on disait, moins de 10 minutes à vivre et 500 euros ?

D’abord je décroche les pendules et enlève les piles pour arrêter le temps… Laissons planer le doute et l’incertitude sur le moment exact, dernier sursaut d’espoir…
Puis j’enregistre un message post-mortem sur mon répondeur pour que personne ne soit surpris de mon silence, ça ne me ressemble pas…
Ensuite ça dépend de la saison… quitter ce monde en plein soleil ou blottie sous ma couette ?
Le moment arrive, je ne me laisse pas faire comme ça.
Je regarde la mort en face et essaie de négocier l'heure du départ : j’ai de bons arguments !

Les 500 euros me direz-vous ? Ca fait partie de la négociation.
La mort est cupide, c’est bien connu, elle n’en a jamais assez… elle doit être fatiguée aussi, à aspirer des vies en continu depuis la nuit des temps…
Alors je lui propose un break, une petite escapade, tout frais payés, histoire de recharger les batteries pour elle, et de jouer les prolongations pour moi…
Cocotiers, banquise ou sommets enneigés, thalasso, trecking ou formule club, à sa guise et peu m’importe, elle n’a même pas besoin de m’envoyer une carte postale… Il lui suffit juste de me mettre un peu plus bas sur la liste, ligne 2054 par exemple…

Je vous tiens au courant si on conclut le marché !

Pour ce qui est de l’invitation à répondre, si quelqu’un ici n’a pas encore été tagué, c’est pour lui/elle…

15 févr. 2009

Mille feuilles

Il se tient droit là devant moi, me fait de l’œil, m’appelle. Beau, fier et élégant, dans son costume de sucre glace lisse et bien coupé, à l’allure racée dont rien ne dépasse.
Tentation suprême, désir incontrôlé et urgent à assouvir… je plonge !
A main nue et sans couverts, tremblante et craintive de la suite…
L’approche est délicate et demande du doigté. La bouche ouverte appréhende le meilleur angle d’attaque. Les yeux se ferment au doux contact de cette matière devenue mouvante, vibrante et vivante au premier coup de dents.
Plaisir et volupté, ma langue caresse tous ces flancs débordants et n’en laisse s’échapper aucune miette.
Quelques bouchées plus tard, je contemple l’assiette vide et sourit à ce délice englouti, les yeux encore écarquillés de cet appétit retrouvé sur ce bout de carré sucré.

31 janv. 2009

A Bout de souffles...

Bouts de mots, bouts de vies, bouts de nous, nous si froids, nous glacés, nous cinglants, vous en pieds.
C’est un hic qui nous guette, une panique, un rejet... le squelette des pourquoi, le spectre de nos amours, des zombies sur papier.
Asséchés les ruisseaux de vos larmes, de vos cris étouffés … absorbés vos sourires, vos louanges, vos regrets, restent la peau des douleurs, des abîmes, desséchée et froissée.
Une cicatrice banale et mal raccommodée, qui parle à qui l’entend de ses épines fragiles, d’une carapace dorée, épaisse et spongieuse… dans un souffle, désarmée.

26 janv. 2009

Arabesques sur papier couché

Rail express.
Deux voies parallèles, destination l’inconnu. Pas très longtemps, juste ce qu’il faut.
Voyage d’agrément, pour saisir le mystère, apprivoiser la douceur.
Collision. Forte, contrastée, superposée. Négatif positif.
Trouver la perle dans les débris, la saisir, l’emporter. Vers un autre espace-temps, dans une autre dimension, aux portes ouvertes et aux frontières absentes.
Explorer ses galaxies, se réjouir d’apesanteur, oublier les corps lourds.
Absorber sa lumière, renaître de son éclat et revenir.
Au même endroit, dans le fer et l’acier, dans la rouille délavée d’une gare sous la pluie.

20 janv. 2009

Divagations nocturnes

Vous me devinez et me contrôlez d’un sourire hypnotique.
Le souffle me manque. Poumons de paille, cœur effusion.
La bouche tendue vers le ciel pour happer encore quelques molécules invisibles de votre air ravageur, je m’enfonce avec délectation dans un marécage brûlant, me noie dans une mer de lave en fusion.
Je fonds et me dissous, m’éparpille en sourdine, tandis que votre voix lointaine et ouatinée ricoche dans mon cortex, rappelle toutes mes cellules.
La matière se reforme, je reviens à la vie, remonte de ce cratère, automate déréglée par un grain de rêverie.

11 janv. 2009

Impatience

Ce picotement à fleur de cœur, cette impression de dérouler les aiguilles à l’envers, tressaillement convulsif de tant d’espoir contenu… et l’attente, longue et froide, revêche et hautaine.
Tu ne peux pas me piétiner me dit-elle, je suis le passeur, l’incontournable.
J’ai beau jouer avec la matière et espérer une accélération des particules, rien ne se passe, rien n’arrive, tout stagne.
Ce vide qui me sépare de mon futur proche conjugué au conditionnel se remplit tour à tour de bleu ciel hypothétique, de blancs interrogatifs et de sombres images passées antérieures.
Zone de transit, aérogare désert et silencieux… Quelques jours, des siècles.

4 janv. 2009

A vous qui passez...

Effrontément vous sourire
Vous reconnaître et de là
Attraper vos silences
En plein vol du bout des doigts
Les poser sur une feuille
Les recouvrir de mille éclats
De cristaux ou de roches
D’or ou de raphia
Voler cet air
Du temps qui sème
Des espoirs et des vies
Des comètes et des voix
Noyées dans le tumulte
Des adultes qui se croient
Maîtres, géants bruts
Invincibles, bons soldats
Recueillir vos regards
Dans les paumes de mes mains
Dentelés et fragiles
Rêveurs ou clandestins
Les envelopper de mots
Cotons ou papier bulle
Cadeaux accordéons
Dans mon ciel où s’allume
Vos rivières numériques
Vos croissants de lune blanche
Vos couleurs et vos dunes.



Belle année à vous.

21 déc. 2008

Dérive

Que se passe-t-il
Tu m’évites
De ma bouche
Je t’invite
Recommençons ces jeux
Prenons de l’altitude
Tes doigts en maîtres de feu
Le long de ma solitude
Endors-toi
Reste là
Serre-moi
Comme j’ai froid
Incantations futiles
Silencieuses inutiles
Te retenir pour quoi
Pour quelques heures fragiles
En équilibre instable
Sur nos nuits qui se distillent
Des frissons comme des lames
Aiguisées à la hâte
Dans l’urgence de nos vies
Comédie en trois actes
Post-scriptum manuscrit
Des mots superposés
Aux genres indéfinis
Aux sens présupposés
Des ronds dans les eaux floues
Salées et apaisantes
Un torrent d’amour fou
De colère bienveillante.

10 déc. 2008

Des riens avant tout

Ces petits riens de la vie qui nous fait, je les hais, je les aime.
Tendres ou explosifs, lisses pelliculés ou bruts de roche, je les traverse et les avale, parfois ils m’engloutissent à leur tour. Je les sens, ils vibrent. Onde de choc, vague mourante d’une mer d’été, je les accueille comme ils se posent, comme ils déferlent. Parfois la rage au ventre, souvent les sens en ébullition, jamais indifférente, sous peine de petite mort anticipée.
Saigner d’amour, à en tomber. Le cœur qui gicle, la chair qui brûle. Exorciser cette plaie d’enfer, ouvrir les yeux, voir les couleurs. Cracher les mots, panser les autres pour que le monde retourne plus beau, pour que les heures y sonnent plus claires. Creuser mes rides, hurler encore et puis danser. Sur les jours qui nous portent, dans les matins d’hiver, sous le manteau d’une nuit étoilée. Suivre leur rythme audacieux et garder la mesure, improviser les pas de toutes mes aventures.

26 nov. 2008

Notes en fuite

J’avais la tête ailleurs et déambulais au gré de mes envies, dans cette ville amie, ces rues des quatre saisons.
A l’heure où les néons s’allument, où le soleil se voile, la foule presse le pas et claque sur le bitume des rythmes de samba. Carnaval de visages, de plumes et de lainages, la bise colore les joues, défie les audacieux et rit de sa malice.
Je traînais davantage, à contrecourant des vents, m’amusant d’une étole gonflée et orgueilleuse, d’un chapeau indomptable, d’une esquisse de grimace.
Le jour s’éteignait en douceur, les réverbères s’étiraient et s’allumaient, lucioles au corps doré, tirées de leur sommeil par un réveil mutin.
Ballet sur les murs lisses, figures à la surface, les ombres glissaient autour de moi, se rattrapaient sur les pavés. Je m’en étonnais telle une enfant, chinoisais avec elles, savourant le moment, ignorant la froideur.
Et puis trois notes fugaces, puissantes et sensuelles, arrivées de nulle part pour me faire frissonner. Des effluves au long cours remontant la ruelle, charivari des sens, gourmandises olfactives, ma bouche salivait, accueillant ce bouquet comme un dessert givré.
Je suivais leur sillage, espérant m’approcher de la source parfumée, voulant toucher des yeux ces arômes exhalés.
Au bout de quelques pas, volatiles et fuyantes, les trois notes me quittaient, sans autre explication, gardant leur doux secret et leur porteur caché.

20 nov. 2008

Sur la vague de nos jours



Temps qui coule, temps qui file
Nous malmène, nous modèle
Côté face éparpille
Des sillons à la pelle
Vie qui passe, vie qui glace
Nous transperce, nous renverse
Nos corps flous en otages
De ses maux en averse
Nos cœurs comme des cristaux
Fragiles et délicats
Ecrins de tous les mots
Habiles ou maladroits
Amour danse, amour lance
Nous emporte, nous abat
Feu sacré, folle transe
Pour des yeux où se noient
Nos chimères et nos doutes
Le temps que l’on n’a pas
Nos mensonges en déroute
Nos faiblesses, nos faux-pas
Vivre encore, effleurer
D’une main hésitante
Des lendemains posés
Comme des amours naissantes
Balayer sur le sable
L’écume de nos tristesses
Y écrire la ballade
De toutes nos ivresses.

11 nov. 2008

Scène d'automne

Voilà que le vent se lève et qu’elle retombe. Recroquevillée et immobile, bercée par le sifflement qui déchire le silence. Le vent est loup, la louve s’invente.

Au creux de ses arpèges, au plus haut de sa rythmique, elle se fond en mélodie, bouillonne des notes inaudibles.
Il n’y a qu’elle pour les entendre, que lui pour les porter. Elles gonflent et s’étirent à lui exploser le gosier. Pas un écho, pas un murmure.

Le chant s’envole, prend sa douleur, tempête au loin. Derrière la porte le sol qui gronde, la pluie qui bat. Des gouttes s’infiltrent, inondent le sol.

A genoux dans la flaque, elle éponge de ses lambeaux obscurs ses doutes liquéfiés.

27 oct. 2008

En dessous

En dessous de dentelles Lola déambule
Rubans, satin, résilles enlacent de douceur
Son corps blanc qui ondule
Pénombre, reflets d’argent, pleins et déliés
Instant évanescent, elle s’arrête égarée
Par la fenêtre ouverte de son toit oublié
Un halo de lumière vient l’envelopper
La lune lui murmure, lui souffle son air léger
Caresse son épaule, sa gorge dénudée
Elle se penche et la cueille, la croque, l’engloutit
Se remplit de sa force
Transportée, elle sourit
A ce feu intérieur qui la gagne, l’envisage
La remplit d’ivresse pure, de folie, de mirages
Elle s’offre sans bruit ni mot au plus clair de la nuit
Chevauchée irréelle, chair et ciel réunis
Dentelles et soie sauvage retirées, mises à mal
L’astre doré s’éclipse, emportant dans sa toile
Un peu de sa candeur, quelques notes et soupirs
D’une Lola sacrifiée au bûcher du désir.

15 oct. 2008

Sur la toile


En accéléré ses mains.
Belles, précises, amoureuses.
Ballet romantique sur fonds de pigments.
Elles étalent, caressent, tracent, effacent et recommencent, sans cesse.
Comme la seule expression de ce corps et de l’âme qui l’habite, elles soufflent, s’inspirent, expirent et le délivrent.
Plonger dans la matière, déverser sur le châssis, couche après couche, le reflet de ses angoisses, la couleur de ses tourments, les balayer et les recouvrir de la forme de ses rêves, la vision de son monde.
Intérieur, extérieur, tout se mélange.
Transe infernale à dix doigts, tableau craché du fonds des tripes, naissance douloureuse et enchanteresse à la fois.
Vidé, l’artiste se replie.
Doucement la peinture sèche.


5 oct. 2008

Ton pote

Tu as du le voir arriver, de loin, son doux sourire au coin des lèvres. Personne ne t’avait prévenu. Pas lui, ce n’était pas possible, ta vue devait te jouer des tours. Il avait bien des cheveux quand tu es parti… et ce visage qui avait changé… non, tu devais te tromper.

Tu t’es sûrement dit que c’était trop tôt, que tu pouvais bien attendre encore un peu, que tu n’étais pas seul, que tu avais tout le temps.

Tu as vérifié le calendrier céleste, scruté les écrans de la voie lactée… peut-être t’étais-tu assoupi quelques dizaines d'années ? Tu pensais à ceux d’en bas, à celle assise à ses côtés. Tu t’es penché par-dessus la balustrade de verre, et puis plus de doute, l’image s’est faite plus nette. La brume qui le devançait s’est dissipée, tes yeux se sont accommodés, c'était bien lui.

Tu as compris qu’il était heureux de te retrouver, qu’il avançait la démarche assurée, délivré des pinces qui le cisaillaient un peu plus chaque jour depuis ton départ. Tu n’étais pas au courant bien sûr, vous aviez tant de choses à rattraper.

Quelques batailles gagnées, au nom du fils ou de la mère. Beaucoup d’embruns chimiques, de souffles perdus, d’heures au parfum d’éther.

Les mots lui revenaient maintenant, plus fluides et plus délicieux que jamais. Tu as du lui tendre la main, la serrer si fort, le rassurer.

Vous alliez pouvoir refaire le monde comme avant, rire à gorge déployée, regarder droit devant, tracer le chemin, jouer à saute-moutons sur les étoiles... partager l'infini.

21 sept. 2008

La serre

Crédit photo : Jean Boccacino – A travers la vitre de la serre

Il est de ces mystères que l’on ne perce jamais
Posé là par erreur, coïncidence, hasard
Morceau de chair et d’os aux oripeaux blafards
Il erre dans ce jardin, dans cette serre humide
Balade sa solitude, sa douleur translucide
Sous la lumière cuivrée, dans la rosée perlante
Il aspire le silence, écoute ses cris muets
Déverse de vains sanglots dans la boue à ses pieds
Le vide en lui résonne, il le remplit d’amer
Il brûle de l’intérieur, cœur malade en jachère
La porte vitrée retient sa jungle aux griffes puissantes
Ses fauves, ses certitudes, ses amours flétrissantes
Il les hait, les adule, boucle folle hésitante
Qui le ronge et l’abîme, le torture, l’ensanglante
Sous l’horizon en feu, aux démons qui l’acclament,
Il se livre et se rend, fatigué, pris au piège
De cette torpeur si douce, placebo, cataplasme
Il s’échappe de cette île, de ce bout de nulle part
Fuit sans se retourner, silhouette lisse et noire.

14 sept. 2008

Au balcon

J’ veux des couleurs au balcon de mon monde
Pour faire taire les obtus qui le regardent de travers
Pour crier aux curieux qu’on a le coeur ouvert
J’veux y peindre les saisons, accrocher des planètes
Des jardins de papier, des mers d’un bleu parfait
J’ veux y mettre des étoiles, argentées et filantes
Et qu’elles t’emportent léger dans des contrées lointaines
Espiègles et sauvages, désertes, chaudes, chamarrées
J’attends d' voir ta surprise, ton regard étonné
Lorsque nos yeux se croisent sur ces tableaux d’ailleurs
Qu’ils te prennent par la main et te permettent d’entrer
Le temps d’un saut astral dans ma tête explosée
Si tu passes par ici, lève la tienne et regarde
Ce que j’voulais te dire sur ces toiles bigarrées
C’est que j’ mets des couleurs au balcon de ton monde
Pour t’aider à sourire et t’emmener dans ma ronde.

11 sept. 2008

A deux pas

Moins qu’une ombre dans les couloirs de sa mémoire. Tout au plus une brume vaporeuse et floue qui se dissout par beau temps. Le coton de sa voix, de ses cris enfouis le réveille certaines nuits, au carrefour agité de ses remords piétinés et de ses regrets passagers.

Il tremble et se relève, ouvre la fenêtre, respire au clair de lune, pour chasser cette odeur d’intimité, ce parfum envahissant qui lui revient soudain et lui brûle les entrailles. Les toits qui se détachent au-dessus de la ville le ramènent dans les combles de son plus vil combat.

Il refait le parcours de ces nuits vénéneuses où leur âme et leur cœur jouaient à se défier, où la soie et le crin se frottaient l’un à l’autre. Cette frénésie bestiale qui le mettait à nu, découvrait son ardeur et un vide absolu. L’insupportable pensée de pouvoir se livrer, d’avancer sans armure. Il fallait reculer, tuer le possible dans l’œuf, poignarder son désir et le rendre assassin.

Reprendre le contrôle, détachement ultime, remballer ses sourires, coiffer son chapeau-claque, effacer toutes les traces, se coucher et dormir. Laisser ce corps alourdi se dissoudre à deux pas de ses rêves, enterrer dès l’aube claire le cadavre de cet amour mort-né.

21 août 2008

Volcanique


Sous les feux de la nuit, le monde s’offre à nous
Etrange, merveilleux, envoûtant et torride
Des lucioles étourdies virevoltent et se détachent
Lumière artificielle, liquide abrutissant
Quand les ombres s’entremêlent, la tension monte d’un cran
Une mèche qui effleure, une main qui invite
Des tableaux qui s’enchaînent à un rythme affolant
Perception décalée des corps, des intentions
Des lèvres qui s’entrouvrent, du khôl dévastateur,
Des hanches qui se déchaînent, et dans le tourbillon
Vos bouches qui se dévorent, sans pitié, impudiques
Nous laissant partager les frissons de désir
Qui vous secouent l’échine, vous soulèvent, vous raniment
Energie flamboyante, vos yeux comme des rayons
Transpercent la piste noire, le monde à l’unisson
Renvoyant aux étoiles leur éclat et la vie en fusion.

2 juil. 2008

Holiday

Bientôt... dans quelques heures...
Ai survolé vos contrées ces derniers mois, de temps en temps, pas aussi souvent que j'en avais l'habitude. Mais on revient toujours à ce(ux) qu'on aime, pas facile de couper le cordon et vous restez de belles destinations...
Chercher ailleurs et se trouver, dans les mots des autres, leurs cris, leurs images, leur vie, leur révolte. Poser ses valises le temps d'une complainte ou d'une chanson, puis repartir en voyage et revenir un peu plus riche, un peu moins seul.
Merci et bel été à tous.
A bientôt.

24 mai 2008

Ici et maintenant

Les pixels ont perdu de leur force d’attraction dirait-on… Cure de desintox sans souffrance physique, sevrage sans effets secondaires… Une vie ailleurs, dehors, du temps pour soi, pour autre chose, une trêve dans le quotidien… Lorsque le fleuve se fait tranquille, que le courant est porteur, que les berges sont accueillantes, on profite, on savoure… il y aurait tant de choses à dire, mais on se tait finalement.
Aucune obligation, aucune contrainte, un espace libre et hors du temps, un refuge, un défouloir, un aspirateur d’ S.O.S ou un réflecteur de lumière : une vision des choses parmi tant d’autres.
Rendez-vous alors au prochain orage ou arc-en-ciel, lorsque l’envie ou le besoin se jettent sur le clavier.

8 mai 2008

Une journée particulière

Le souffle léger de la brise
Nous ramène à ta mémoire
Et trace dans le ciel printanier
Un pont invisible vers ton rire étoilé
Des pas dans tes empreintes
Des mains qui te racontent
Des coeurs qui te rejoignent
Et des yeux qui en disent long
Les années étouffent les sanglots
Les images se font plus floues
Les souvenirs se cueillent en grappe
Et les fleurs embaument ton nom
Des bougies allumées pour réchauffer ta nuit
Du vin dans du cristal pour égayer nos routes
Des fruits doux et sucrés pour révéler ton âme
Et nos voix en écho pour monter jusqu’à toi
Le soleil au jardin illumine ton histoire
Il brûle de mille feux comme ta vie parmi nous
Un papillon doré vient nous dire l’éphémère
Et caresser nos joues d’une aile délicate
Les enfants aux pieds nus courent vers nos lendemains
Leurs rires comme des grelots que tu leur aurais offerts
Magie d’un gêne ancré au fin fonds de leur être
Ultime et explosif cadeau pour mieux te reconnaître.

29 avr. 2008

Désaxée

Si jamais tu voulais danser dans mon sillage
Te pendre à mon parfum, comprendre mes mots idiots
Kidnapper mes lendemains, voler mes espérances
Je t’en prie enfuie-toi, laisse-moi avec mes nuages
Mes colères, mes regrets, mes doutes à fleur de peau
Mes chaînes et mes secrets, les monstres de mon enfance
Je n’ai rien à t’offrir que des frissons amers
Des blessures et des plaies, des cicatrices vulgaires
Des images qui font peur, des zéros de conduite
Je planterais mes griffes comme un chat paniqué
Dans ta peau, dans ta chair et dans ton cœur ouvert
Lacèrerais ton dos nu et t’aimerais trop vite
Avec la folle certitude de te voir t’échapper
Impuissant, effrayé par cette rage à l’envers
Si jamais je t’approche et te suis comme une ombre
Change tout de suite de trottoir, prends les jambes à ton cou
Ignore mes appels et fonds-toi dans la foule
Je te laisserai me perdre pour ne pas te rendre fou
Et rentrerai chez moi noyer ma solitude
Dans un verre de vodka, d’eau de mer et d’habitude.

20 avr. 2008

A bien y regarder

J’ai cru que je pourrais mettre une claque à mes peurs
Les enterrer vivantes, jouer au nettoyeur
Je les ai observées, les ai eu par surprise
Certaine de ma toute puissance, sûre de mon emprise
Je les ai caressées pour les amadouer
Leur ai mis un collier pour les apprivoiser
Une muselière et une laisse pour bien les contrôler
Me suis vue invincible, forteresse édifiée
Sur des sables mouvants, des marécages fumants
Embourbée dans la vase des longs couloirs du temps
Mes peurs ont bien compris que je n’en menais pas large
Elles ont ri dans leurs dents, se sont mises à la page
Petites bêtes insoumises révoltées de leur sort
Retenues contre leur gré, emprisonnées à tort
Comprenant mon manège, elles ont joué le jeu
Guettant la moindre faille, un faux-pas, un aveu
Les pensant sages et dociles, je ne me suis pas méfiée
Leur rendant un peu plus chaque jour de leurs libertés
Jusqu’au jour où flottant dans un semi-coma
Elles se sont échappées et ont repris leurs droits
J’apprends à vivre avec et je ne les crains plus
Je connais leur visage, leur nom, je leur dis « tu »
Elles reviennent quelquefois pour me secouer l’échine
Faire couler le trop-plein, décrasser la machine
Elles font partie de moi, je les ai acceptées
N’en déplaise à cette autre qui me fait la grimace
Qui voudrait prendre le dessus et me remettre à ma place
Je la laisse faire son cirque et la regarde amusée
Cette autruche dont je me moque qui s’appelle Ma Fierté.

11 avr. 2008

Comme une plume au vent...

Je flotte... Légère, insouciante, portée par les courants. Des courants d'air, des courants chauds, des courants ivres...
Je pourrais m'en faire, je n'en trouve pas la force, je ne me trouve pas d'excuses.
Alors je me laisse guider, remettant à plus tard le sérieux et les rides, les marques du devoir, la course aux illusions.
Je descends et remonte, au gré des vents changeants, plane ou tourbillonne, survole des terres arides ou des prés verdoyants.
Les heures ne comptent plus, je les laisse défiler, je m'entraîne à ma vie avant de me déposer.
Je goûte à ce voyage sinueux, déroutant. Je pars à ma rencontre, dictionnaire sous le bras, pour mieux me déchiffrer, me traduire et déleste en chemin quelques malles inutiles, encombrantes et futiles.
Demain viendra sans doute m'attraper en plein vol, me remettre dans sa cage.
J'ai gardé dans la poche le double de la clé et en profiterai lorsque le temps viendra, joyeux ou tourmenté, pour m'échapper, petite plume au vent portée par les courants.

4 avr. 2008

Ce soir, il me reste...

Cinq ans dans un carton
Des petits bouts de rien
Des miettes de pas grand chose
Quelques instantanés
De vos jolis sourires
Des traces de bonne humeur
Des bribes de vos délires
Trois quatre notes de musique
Pour danser sur les tables
Des confettis mouillés
Des bulles multicolores
Des papiers griffonnés
Des heures effervescentes
Vos regards pleins d’étoiles
Et vos cœurs qui débordent.

27 mars 2008

Je de miroir

Penser se reconnaître et trouver quelqu’un d’autre
Se surprendre à sourire au reflet inconnu
Déjà apprivoisés, le cœur, les mains tendues
Une partie de cache-cache pour pimenter l’histoire
Puis effet volte-face, pirouette dérisoire
Inspecter les recoins de cette surface lisse
Embuer le décor, y dessiner un kiss
Tatouage éphémère, empreinte fugitive
Ne reste que le fantôme d’un baiser monochrome
Ses chaînes sont bien lourdes dans cette errance amère
Couvrant le bruit des autres et leurs foutues galères
La terre peut bien trembler, la souffrance est égoïste
Mur de béton armé, bunker anti-missiles
Humanité de paille, qui s’écroule dans un souffle
Palpitant en sommeil, anesthésié en boucle.

19 mars 2008

Antalgique

Crédit photo : Jean Boccacino Images



Aucun itinéraire, laisser la feuille de route
Arpenter le bitume en repoussant les doutes
Accueillir les hasards de ces rues qui se donnent
Avec leurs mille visages et leurs voix qui résonnent
Accepter l’insouciance pour quelques heures encore
Avant de regagner l’habituel décor
Admettre de se perdre dans quelque impasse sombre
Aux pavés ternis par le passage des ombres
Aimer chaque seconde de cette escapade
Aventure solitaire pour esprit en balade
Admirer les jardins dans la lumière d’hiver
Assise sur une valise les pieds dans la poussière
Allumer le regard de cette statue de bronze
Aux courbes déchirantes pleines d’espoirs et de songes
Accrocher un sourire aux branches nues des arbres
Avant de redescendre sur cet astre d’ivoire.

7 mars 2008

Plage déserte

Deux corps en déroute
Qui s’accrochent l’un à l’autre
Bouée inespérée
Dans les flots en tumulte
L’un s’agrippe, l’autre s’éloigne
Emporté par les vagues
Le ressac les sépare
La terre loin devant
Soulevés par le courant
Leurs forces abandonnées
Ils se laissent entraîner
Et échouent sur un banc
De sable d’amertume
Où écume et lichens
Enterrent leurs cœurs blessés
Sur cette plage déserte
Les deux corps se relèvent
Fantômes de l’aube pâle
Spectres déambulant
Sans boussole et voués
A errer dans ces dunes
Comme des chiens sans collier.