Articles

Manque

Comme l’alcoolo au bar du coin Qui s’ la raconte au p’tit matin Descend sa bière sans la regarder Pour ne pas y voir c’ qu’il croit cacher. Comme le junkie qui tremble et cherche Son revendeur à l’air revêche Une dose, une seule, et ça ira Promis juré, enfin il croit. Comme cet enfant aux yeux hagards Qui ne comprend rien sur ce trottoir Qui tend la main et qui attend Le ventre vide, le cœur pendant. Comme toutes ces heures passées sans toi S’étirent, s’envolent et ne reviennent pas Les bras m’en tombent, donnez-moi donc Une ombre à suivre, un horizon Des lettres d’amour à inventer Un air nouveau à respirer Un nom idiot qui me fera sourire Une bouche à prendre, un avenir. L’estomac creux et la tête vide Les poings serrés et l’œil humide J’ clôture la liste de tous ces manques Je tire un trait, fais l’addition : Besoin pour vivre de ce poison.

Demain mon frère, demain...

T’en auras des rêves, même s’il te faut tailler ton chemin à coup de machette et les chercher comme des trésors, bien planqués derrière l’épaisse forêt de tes emmerdes. Truffées de pièges ces broussailles, les braconniers sont passés par là. Peu importe la manière, le gibier est traqué. Leurs mâchoires laisseront quelques traces dans ta chair bien sûr. Mais la bête sauvage n’est pas morte : même si elle hurle et se tord de douleur, elle n’est que blessée. Tu sens leur présence, ils te guettent, épient tes réactions, prêts à t’achever. C’est mal te connaître. Tu en as déjà surpris plus d’un. La nuit tombe, la lune éclaire de son faisceau d’argent ton encolure. Redresse la tête, regarde les étoiles, choisis-en une, donne lui un nom, celui que tu veux, pourvu qu’il te parle. Laisse-là te guider, te raconter tes lendemains, éclairer ta route et t’apprivoiser. Tes veines se gonflent, le sang bouillonne, la colère monte. Les rôles s’inversent : c’est toi qui leur fait ...

Breizh

Image
Comme un cri poussé sur le pont de l’Odet, surplombant les baies de Ste Marine et de Bénodet inondées de voiles blanches. Les vacances terminées, je garde au fonds des yeux, et pour longtemps encore, le mauve profond des bouquets d’hortensias, les mas de pierres aux volets bleus et les étales multicolores des marchés au petit matin, et bien plus encore… Kant Bro, Kant Giz… Cent pays, Cent Modes. La Bretagne m’a envoûtée. L’esprit de Merlin devait planer par là, au détour de la pointe St Gilles peut-être… Un souffle nouveau m’a regonflée…L'énergie et la force du Triskell, gardé autour du cou depuis, les entrelacs infinis de cette croix en métal vieilli adoptée au premier regard ? Allez savoir… Je ne suis plus tout à la fait même… Il faut partir pour mieux revenir. Le mystère reste entier. J’ai laissé les Mari Morgans au fonds de leur grotte et à l’avant du bateau, à quelques mille des Glénans, sous le soleil couchant et au pied du phare au damier, j’ai éc...

A l'ouest toutes !

Le temps de finir les valises (encore 2 ou 3 bouquins à caser et c’est bon) : lâcher la bride et partir respirer ailleurs... Bel été à tous et à bientôt. Prenez soin de vous !

Hot train

Aller-retour Paris hier… Rendez-vous station Louvre/ Rivoli m’a-t-on indiqué. Soit. Je n’arriverai jamais à me faire à la vie souterraine là-bas. Et pourtant, ce n’était pas les heures de pointe… Chaleur suffocante, moiteur des corps, yeux hagards, silence pesant… la terre a englouti les esprits, il ne reste que des zombies… j’en faisais partie. Les portes se referment, l’enfer commence. Barre humide et fuyante, mèches collées, parfums lourds mélangés qui restent en apesanteur pour mieux s’imprégner dans mes pores, j’ai le cœur qui flanche. Les stations défilent, plus que 5… A chaque ouverture des portes, un air encore plus chaud s’engouffre et continue son méticuleux travail de sape. Un type me dévisage, je crois lire dans ses pensées « doit pas être du coin celle-là ! »… Les touristes étrangers, dans le métro, on les repère, les provinciaux aussi. Pas grave, le ridicule n’a jamais tué personne… je continue d’avoir les yeux rivés sur le panneau qui me promet la délivrance...

Relâche

Image
Tout laisser là et mettre les voiles... Plus le moment approche, comme dans un sas de décompression totale, moins mon corps avance, plus ma tête s’éparpille… Quitter le béton, la poussière et la grisaille, voir la mer et les bateaux, deux petites mains de chaque côté, deux paires d’yeux dans les miens, l’horizon pour toute contrainte, le temps qui coule sans barreaux… Quinze petits jours que l’on décompte à la craie sur l’ardoise de notre quotidien, bouches ouvertes et pieds dansants… Des petits soleils sur tableau noir pour effacer le mauvais temps, les cours d’école, les devoirs, le job de maman et se retrouver autour de ces 8 lettres, sourires aux lèvres : vacances ! Ce simple mot distille comme un parfum d’euphorie dans la maison. On s’imagine déjà les pieds dans l’eau, les doigts dans le sable, les yeux dans les étoiles. Les découvertes et les rencontres viendront gonfler notre mémoire de quelques cartes postales supplémentaires, de dizaines de photos souveni...

J’ te l’ dirais pas !

Image
Et pourtant j’en crève de te les hurler ces trois foutus mots ! Mais à quoi ça m’avancerait ? Je n’ose même pas imaginer ce que tu me répondrais… Un truc du genre « moi aussi », ou « c’est gentil » ou encore « idem », pire un silence ? Alors je vais les garder pour moi, à l’intérieur, bien au chaud, seule façon de les laisser à l’abri du temps, des autres, des tourments… unique moyen de croire qu’ils ne s’étiolent pas, qu’ils scintillent comme au premier jour, qu’ils grandissent encore, qu’ils vieillissent et meurent avec nous. Et si ma bouche ne peut jamais les prononcer, si ma main n’arrive jamais à les écrire, mes yeux te les mitrailleront, en rafale, à chaque regard perdu l’un dans l’autre, en espérant faire mouche et trouver dans tes iris le reflet et l ‘écho de cette pensée sauvage, violente, égoïste.